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Madeleine Farand Daigneault : une chocolatière hors de l'ordinaire

Madeleine Farand Daigneault et sa petite-fille Stéphanie Saint-Denis... (Photo fournie par Stéphanie Saint-Denis)

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Madeleine Farand Daigneault et sa petite-fille Stéphanie Saint-Denis dans la chocolaterie Andrée.

Photo fournie par Stéphanie Saint-Denis

Marielle Rougerie

Collaboration spéciale

La Presse

Les gourmands de Montréal et d'un peu partout dans le monde sont en deuil. Madeleine Farand Daigneault, cofondatrice de Chocolats Andrée, dans le Mile-End, s'est éteinte le 4 mai à Montréal à l'âge de 97 ans.

Madeleine Farand Daigneault était l'âme de l'institution de l'avenue du Parc qui attire maintenant sa troisième génération d'amateurs de chocolats artisanaux.

Née en 1915 à Richelieu, Madeleine et sa soeur Juliette doivent très jeunes trouver un emploi. Leur père meurt tôt et leur mère les envoie travailler pour faire vivre la famille de cinq filles.

«Madeleine et Juliette trouvent une place à la Chocolaterie Léonie, au centre-ville de Montréal, où travaillait déjà leur soeur aînée, se rappelle leur nièce, Louise Laquerre. C'est là qu'elles apprennent tout sur la confection des chocolats.»

En 1940, les deux soeurs décident de fonder leur propre confiserie-chocolaterie et louent un local sur l'avenue du Parc. Madeleine s'occupe du volet service et gestion, alors que sa soeur est à la préparation des sucreries. Elles choisissent le nom Andrée pour leur boutique. «Le quartier était très cosmopolite, et elles voulaient un prénom féminin qui puisse aussi bien se prononcer en français qu'en anglais», explique Mme Laquerre. Près de 75 ans plus tard, Chocolats Andrée est toujours à la même adresse et défie le temps. L'entreprise a traversé les époques, les périodes de récession et les épreuves.

Courage et entraide

Les débuts sont difficiles. La période de la Seconde Guerre mondiale est à la restriction alimentaire, et de nombreux produits sont rationnés. «Tous les membres de la famille faisaient leur part et leur apportaient leurs rations de sucre», se souvient Louise Laquerre.

«C'était aussi très mal vu à l'époque pour des femmes de travailler. Elles ne pouvaient même pas signer le certificat d'immatriculation de leur propre entreprise. Le mari de Madeleine a dû le faire pour elles. Elles étaient de véritables pionnières», raconte Stéphanie Saint-Denis, petite-fille de Madeleine Farand Daigneault et actuelle propriétaire de la chocolaterie.

«Madeleine était une femme très forte, très exigeante sur le travail et surtout sur la qualité des confiseries et chocolats et le service aux clients. Entrer chez Andrée, c'était comme entrer en religion, ça demandait énormément de rigueur», poursuit Stéphanie Saint-Denis.

Madeleine et sa soeur ne travaillaient qu'avec des ingrédients de première qualité et uniquement du chocolat noir. Bonbons durs, menthes, caramels et chocolats sont entièrement confectionnés à la main. Les chocolats sont saucés individuellement, c'est-à-dire trempés dans le chocolat, par une sauceuse qui appose ensuite une signature distincte sur chaque chocolat.

Aujourd'hui, les recettes et les procédés sont encore exactement les mêmes que dans le livre de recettes de Madeleine et sa soeur.

«Si, ç'a été dur parfois, Madeleine était extrêmement fière. Fière de ses chocolats, mais aussi de faire travailler des femmes qui, comme elle, avaient été dans le besoin.»

De mères en filles

Chocolats Andrée est avant tout une affaire de femmes (à quelques exceptions près) et une affaire de famille. Sa fille prend la barre du magasin dans les années 90, puis c'est au tour de sa petite-fille, Stéphanie Saint-Denis, il y a cinq ans.

«Je suis comptable de formation et je n'ai jamais senti une pression de ma grand-mère pour reprendre le flambeau, mais je ne voulais pas laisser partir l'entreprise. Je m'occupe du marketing et laisse faire les sauceuses et chocolatiers, raconte-t-elle. J'ai baigné dans le chocolat. Petite, je faisais mes devoirs sur la table de marbre à l'arrière de la boutique. Madeleine m'a montré comment choisir les meilleurs ingrédients, les meilleurs fruits. Elle m'a appris la rigueur, la discipline et le sens des responsabilités. Et jusqu'à ses 95 ans, elle était toujours très présente et veillait à la qualité et au service.»

Et qui sait si une quatrième génération de chocolatière ne verra pas le jour. Corrine, 12 ans, met déjà souvent la main à la pâte.

Madeleine Farand Daigneault laisse dans le deuil ses enfants Nicole et Pierre, ses quatre petits-enfants et sept arrière-petits-enfants. Une cérémonie a eu lieu le 10 mai à Outremont.




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