(Ottawa) « Libérez Pat King ! » « Liberté ! » Des centaines de manifestants ont défilé dans les rues du centre-ville de la capitale fédérale vendredi pour protester contre la vaccination obligatoire contre la COVID-19 et exiger le départ du premier ministre Justin Trudeau. La politique, qui s’appliquait aux fonctionnaires fédéraux et aux employés des transports, a été levée par le gouvernement il y a deux semaines.

Mis à jour le 1er juillet
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

Les manifestants ont commencé à affluer devant le parlement en début d’après-midi. L’appel avait été lancé par le groupe extrémiste Stand 4 Thee, qui distribuait des dépliants appelant à l’« arrestation citoyenne » de Justin Trudeau pour trahison.

Certains de ses membres avaient installé une table pour distribuer des exemplaires de la Déclaration canadienne des droits, promulguée en 1960 par le gouvernement de John Diefenbaker et remplacée par la Charte canadienne des droits et libertés en 1982. Le groupe prétend, à tort, que cette loi peut servir à invalider les mesures sanitaires qui avaient été imposées pour juguler la pandémie.

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Une manifestante distribue des exemplaires de la Déclaration canadienne des droits.

Des agents chargés d’appliquer le règlement municipal leur ont demandé d’enlever leur table, ce qu’elles ont fini par faire après un bref affrontement.

Le militant antivaccin François Amalega Bitondo, connu au Québec pour ses arrestations et son emprisonnement durant la pandémie, était présent dans la foule. « Il y a eu des obligations qu’il n’aurait jamais dû y avoir, a-t-il affirmé. Quand les cas vont remonter, il y aura encore des restrictions. »

M. Bitondo est arrivé à Ottawa la veille pour saluer James Topp, réserviste des Forces armées canadiennes associé à des groupes de la droite radicale, qui a parcouru plus de 4000 kilomètres à pied pour marquer son opposition à la politique de vaccination obligatoire pour les fonctionnaires fédéraux et les employés des transports. Les deux hommes se sont adressés à la foule réunie devant le parlement en soirée.

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François Amalega Bitondo, militant antivaccin

Le Canada célébré

À quelques kilomètres de là, les festivités de la fête du Canada avaient lieu sur les plaines LeBreton près du Musée canadien de la guerre pour la première fois en 50 ans en raison des travaux à l’édifice du Centre sur la colline du Parlement.

Lors de son discours pour souligner la fête du Canada, le premier ministre Justin Trudeau a évoqué Terry Fox, qui avait parcouru une bonne partie du pays pour amasser des fonds pour vaincre le cancer avant sa mort en 1981.

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Justin Trudeau, premier ministre du Canada, a pris la parole sur les plaines LeBreton, à Ottawa, dans le cadre des célébrations de la fête du Canada.

« Le Canada, c’est des gens qui se battent constamment pour, plutôt que contre quelque chose », a-t-il dit. Même s’il n’a pas fait allusion à James Topp, sa déclaration pourrait être perçue comme une pointe à son endroit. Il a aussi déclaré que l’unifolié représentait la compassion, l’espoir et la justice.

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Des citoyens ont pu serrer la main au premier ministre Justin Trudeau, en marge des célébrations sur les plaines LeBreton.

Devant le parlement, l’insatisfaction envers son gouvernement était palpable. « On est des parents, on est des grands-parents et on n’aime pas la direction dans laquelle le Canada s’en va. Il faut arranger ça », a expliqué une Franco-Ontarienne d’un certain âge à La Presse qui était présente avec son conjoint. Elle a refusé de nous donner son nom parce qu’elle ne fait pas confiance aux médias traditionnels.

Manifestation sans débordements

Une autre manifestation organisée par le groupe Freedom Fighters, affilié au « convoi de la liberté » de février, a débuté en milieu d’après-midi. Les slogans et les pancartes offraient un contraste saisissant avec les familles qui faisaient la queue à quelques mètres de là pour voir les prouesses des SkyHawks, l’équipe de parachutistes des Forces armées canadiennes.

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Des centaines de personnes ont ensuite défilé dans les rues du centre-ville d’Ottawa. La manifestation encadrée par les policiers s’est déroulée dans le calme et sans débordements. « Liberté ! » « Trudeau doit partir ! », scandaient-ils sous le regard curieux de certains badauds.

Des manifestants ont réclamé la libération de Patrick King et de Tamara Lich, deux des figures de proue du convoi de camions qui avait paralysé le centre-ville de la capitale fédérale l’hiver dernier.

Au moment où ces lignes ont été écrites, la police n’avait rapporté aucune nouvelle arrestation. Selon le dernier bilan publié en début de soirée vendredi, les agents municipaux ont remis 284 constats d’infraction en matière de stationnement et remorqué 79 véhicules à l’extérieur du centre-ville.

Les autorités multiplient depuis plusieurs jours les avertissements sur les réseaux sociaux pour tenter de décourager l’installation d’un nouveau convoi de camions au centre-ville comme celui de l’hiver dernier. Des centaines de poids lourds avaient bloqué les rues en périphérie du parlement durant trois semaines, faisant rugir leurs klaxons à toute heure du jour ou de la nuit durant plusieurs jours consécutifs. La police d’Ottawa était demeurée impuissante, ce qui avait soulevé la colère de nombreux résidants.

Le gouvernement fédéral avait par la suite invoqué la Loi sur les mesures d’urgence pour la première fois depuis son adoption en 1988. Quelques jours plus tard, une vaste opération policière échelonnée sur trois jours avait permis de déloger les manifestants.

Avec La Presse Canadienne