(Ottawa) Le commandant de la Marine royale canadienne, le vice-amiral Craig Baines, reconnaît avoir commis une erreur en jouant au golf avec l’ancien chef d’État-major de la Défense, Jonathan Vance, au moment où celui-ci faisait l’objet d’une enquête pour de présumées inconduites sexuelles.

Publié le 23 janvier
Lee Berthiaume La Presse Canadienne

L’officier espère pouvoir se racheter après la décision de l’actuel chef d’État-major de la Défense, le général Wayne Eyre, de ne pas le démettre de ses fonctions.

Le vice-amiral Baines veut que ses officiers puissent parler aux victimes des inconduites sexuelles par l’entremise du groupe It’s Not Just 700.

Ces conversations se déroulent sur une base personnelle. Le vice-amiral Baines a lui-même rencontré des victimes afin de savoir comment ses propres gestes et ceux d’autres officiers supérieurs de la marine ont pu les blesser.

« La chose la plus importante, et je m’y suis engagé lors de mes rencontres, c’est de poursuivre les conversations, a-t-il déclaré à La Presse Canadienne. On ne va pas se contenter d’en parler pendant que le sujet est dans l’actualité. On ne reviendra pas aux anciennes manières. Nous allons changer la Marine en mieux. »

La co-présidente du groupe, Lori Buchart, dit que le vice-amiral avait pris une mauvaise décision en allant jouer au golf avec Jonathan Vance. Toutefois, cette erreur a ouvert la porte à un véritable dialogue entre les victimes et la hiérarchie militaire.

Si certaines victimes ne sont pas heureuses de parler avec le vice-amiral Baines et les autres commandants, ces discussions ont permis à certaines d’amorcer le processus de guérison, souligne Mme Buchart.

Mme Buchart espère que ces discussions apporteront un véritable changement au sein des Forces armées militaires.

« Il faut trouver une façon d’avoir ces discussions. Il faut de bons commandants pour lancer la réconciliation et une voie pour permettre aux victimes de se rétablir, dit-elle. Quand on amorce ce processus, on commence à rétablir la confiance. »

Le 2 juin, Craig Baines s’est rendu à un club de golf de la région d’Ottawa pour y disputer une ronde avec celui qui était le vice-chef d’État-major de la Défense, le général Mike Rouleau, et leur ancien ancien patron, Jonathan Vance. Le vice-amiral dit y être allé par amitié envers le premier et non en appui au second.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’ancien chef d’État-major de la Défense, Jonathan Vance

Vance a été accusé en juillet d’obstruction à la justice. Il nie tout délit.

Mike Rouleau a démissionné de son poste à peine deux semaines après cette ronde de golf. Il en avait accepté la responsabilité d’y avoir invité Craig Baines.

« J’aurais pu soutenir mon collègue, le général Rouleau, de plusieurs autres façons. Ce n’était pas la bonne façon de faire, reconnaît le vice-amiral. Je suis malheureux en constatant que j’ai pu blesser des victimes [en jouant au golf avec Vance]. »

Mme Buchart dit s’être interrogée après la décision du général Eyre de maintenir Craig Baines en poste. « Je me demandais qui il avait consulté au sein de la collectivité. Et quand il expliquait que si c’était pour le bien de Baines, il ne disait pas que c’était pour le bien des Forces armées canadiennes et de leurs membres. »

Elle avait écrit un courriel au général Eyre pour exprimer ses doutes. Moins d’une heure plus tard, le vice-amiral lui répondait, demandant une rencontre. Mme Buchart dit avoir accepté de lui parler uniquement après en avoir discuté avec des officiers qui s’en sont montrés garants.

Quelques jours plus tard, au cours d’une conversation téléphonique, Craig Baines a reconnu ses torts.

« Je lui ai dit qu’il avait pris une très mauvaise décision, raconte Mme Buchart. Mais ce n’était pas à moi à lui pardonner. »

Le vice-amiral a accepté de participer à une séance de discussions en compagnie d’autres officiers de la Marine et la direction de It’s Not Just 700.

Le vice-amiral a aussi rencontré deux fois des victimes. Selon Mme Buchart, ces rencontres ont eu un effet cathartique.

« Un des participants a lancé que ces six heures de discussions avec le vice-amiral Baines avaient fait plus pour lui que les 25 années de psychothérapie qu’il a suivies. »