Après avoir rongé leur frein pendant 19 mois, de nombreux Canadiens se réjouissent de pouvoir franchir de nouveau dès le mois prochain la frontière terrestre avec les États-Unis pour des voyages non essentiels.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« J’ai dansé toute la matinée », s’est exclamée Monica Soule, qui habite près de Bedford, en Estrie. Depuis 30 ans, la femme traverse la frontière entre le Canada et les États-Unis au moins deux fois par semaine pour se rendre à son petit chalet de Highgate Springs, au Vermont, qui se trouve à moins de 5 km de la frontière.

« Même en hiver, lorsque mon chalet est fermé, je participe à des cours d’aquaforme une fois par semaine à Saint Albans et je vais régulièrement à la bibliothèque de Swanton », a-t-elle témoigné.

Au fil du temps, elle s’est fait de nombreux amis aux États-Unis, mais la fermeture de la frontière terrestre l’a complètement isolée de son réseau social. « J’étais au bord de la dépression à force d’être coupée de ma vie », a-t-elle lâché.

Elle n’est pas seule. « Presque tous les anglophones de la région de Bedford ont des amis et beaucoup ont de la famille qui vit de l’autre côté de la ligne », a-t-elle affirmé.

Mme Soule est impatiente de pouvoir traverser la frontière. « Mon chalet sera fermé pour l’hiver lorsque la frontière sera ouverte, mais j’ai déjà réservé une nuit d’hôtel à Burlington pour que je puisse m’y réveiller le matin de mon anniversaire. » Elle a également l’intention de se rendre en Floride au début du mois de décembre.

« Retour à la normale »

La date exacte d’entrée en vigueur de la mesure sera annoncée prochainement. « On est en train de travailler sur ça avec nos homologues américains », a affirmé la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, lors d’un bref point de presse à Washington, mercredi matin.

PHOTO PATRICK DOYLE, ARCHIVES REUTERS

La ministre Chrystia Freeland

L’obligation de présenter au retour au pays le résultat d’un test moléculaire qui remonte à 72 heures au maximum restera en place jusqu’à nouvel ordre, a-t-on noté au cabinet de la ministre de la Santé du Canada. Cela dit, « si un Canadien veut aller passer une journée aux États-Unis, il peut subir le test au Canada, et ce test sera accepté lors du retour au pays », a précisé le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, en entrevue à l’émission Power & Politics, de CBC.

Dans une déclaration publiée en après-midi, il avait qualifié la réouverture prochaine de la traverse de quelque 9000 km entre les deux pays de « pas de plus vers un retour à la normale », en remerciant « les Canadiens et les Américains qui ont suivi les conseils de santé publique pour nous amener à un point où nous pouvons rouvrir nos frontières ».

« Nous avons hâte »

Devant l’annonce de la réouverture, Roxann Tutty a partagé son enthousiasme sur le groupe Facebook « Canadian/USA Border Crossing ». Elle pourra enfin rendre visite à la famille de son mari qui habite aux États-Unis. « Nous avons hâte de rendre visite à sa famille et avons déjà réservé des vols pour la Floride pour le Thanksgiving américain », a-t-elle raconté.

Jenny Croft, qui réside en Ontario, s’est elle aussi réjouie sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas pu visiter son copain, avec qui elle est depuis 14 ans, puisqu’il vit à Buffalo, dans l’État de New York. « Bien qu’il ait pu venir ici depuis le mois d’août, ce serait bien que je puisse y aller aussi », a-t-elle indiqué.

Mme Croft s’inquiète toutefois de ne pas pouvoir traverser la frontière terrestre, puisqu’elle a reçu un dosage mixte de vaccins, soit celui d’AstraZeneca comme première dose, puis celui de Moderna en deuxième. « J’espère pouvoir traverser. J’attends toujours la nouvelle », a-t-elle indiqué.

Il lui faudra vraisemblablement attendre encore un moment — le verdict des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies devrait tomber d’ici la fin du mois. Ils ont entre les mains les données fournies par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) à ce sujet.

« Nous n’avons ménagé aucun effort pour plaider en faveur du régime de vaccination d’ici », a assuré vendredi dernier la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de l’ASPC.

Les vaccins approuvés par la Food and Drug Administration américaine ou par l’Organisation mondiale de la santé seront acceptés. Parmi ceux-ci se trouvent les trois qui ont été utilisés au Canada, soit ceux de Pfizer-BioNTech, de Moderna et d’AstraZeneca — ce dernier n’a pas été autorisé au sud de la frontière.

Laissés pour compte

L’Américaine Cherie Diehl, active dans le groupe américain Let Us Reunite, qui travaille depuis un an pour que le gouvernement américain permette aux membres de sa famille de traverser la frontière terrestre américaine, déplore que l’ouverture de la frontière terrestre n’ait pas été faite plus tôt.

« Pour plusieurs personnes qui habitent près de la frontière, un vol est plus risqué, plus coûteux et prend beaucoup plus de temps qu’un trajet en voiture de porte à porte », a-t-elle affirmé à La Presse. Elle en veut au gouvernement américain d’avoir ignoré l’impact économique, émotionnel et mental sur les communautés frontalières tout en autorisant les vols.

La frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis est fermée depuis mars 2020, soit environ 19 mois, en vertu d’une entente conjointe renouvelable chaque mois. La prochaine date d’échéance arrivera le 21 octobre prochain.

Pendant tout ce temps, il était possible pour les Canadiens de voyager à destination des États-Unis par avion.

Avec La Presse Canadienne et l’Associated Press