(Ottawa) Le cabinet du premier ministre Justin Trudeau a annoncé que celui-ci s’était excusé auprès de la cheffe d’une Première Nation de la Colombie-Britannique qui l’avait invité à lui rendre visite jeudi, lors de la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation du Canada.

La Presse Canadienne

M. Trudeau s’est envolé jeudi pour Tofino, en Colombie-Britannique pour passer du temps avec sa famille lors d’une journée destinée à marquer le douloureux héritage du système des pensionnats pour autochtones.

La directrice de l’Association des femmes autochtones du Canada, Lynne Groulx, a déclaré qu’elle accueillait favorablement les excuses privées de M. Trudeau, mais qu’elle lui demandait de faire une déclaration publique et l’avertissait que ses actions pourraient avoir des conséquences durables.

Mme Groulx a ajouté que les membres avaient demandé à M. Trudeau d’admettre qu’il avait fait une erreur de jugement, mais estime qu’il doit maintenant y avoir un message destiné à l’ensemble de la communauté autochtone.

« Ce sont tous les survivants des pensionnats, les survivants intergénérationnels – nous savons que 100 % de nos communautés sont touchées par les pensionnats », a-t-elle déclaré.

M. Trudeau a passé la journée de dimanche à Tofino, en Colombie-Britannique, où il se trouve depuis jeudi dernier, lorsqu’il s’y est rendu pour honorer les survivants autochtones du système des pensionnats du Canada.

La connaissance de son emplacement a été un choc après que son itinéraire ait initialement indiqué qu’il était à Ottawa pour des réunions privées.

Un porte-parole de M. Trudeau a déclaré que le premier ministre avait passé plusieurs heures au téléphone avec huit personnes ayant vécu dans des pensionnats, et a nié que M. Trudeau ait profité de cette journée historique pour prendre des vacances.

Global News a filmé le premier ministre marchant le long d’une plage, et les informations sur son voyage ont suscité des critiques de la part des dirigeants autochtones, qui ont affirmé qu’il était irrespectueux de sa part de ne pas assister à des évènements en l’honneur des survivants et des victimes.

Plus de 4000 enfants autochtones seraient morts alors qu’ils étaient forcés de fréquenter ces établissements gérés par l’Église, où de nombreux survivants ont déclaré avoir souffert d’abus physiques et sexuels ainsi que de négligence et de malnutrition.

La nation Tk’emlups te Secwepemc, qui a annoncé plus tôt cette année la découverte de plus de 200 sépultures anonymes sur les lieux d’un ancien pensionnat, a indiqué sur les réseaux sociaux qu’elle avait envoyé « deux invitations sincères » à M. Trudeau à se joindre à elle pour la commémoration.

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La nation Tk’emlups te Secwepemc a annoncé plus tôt cette année la découverte de plus de 200 sépultures anonymes sur les lieux d’un ancien pensionnat.

Le cabinet du premier ministre a dit avoir contacté samedi la cheffe Rosanne Casimir pour lui présenter ses excuses.

Un porte-parole de la Première Nation a confirmé dimanche qu’une conversation et des excuses avaient eu lieu, mais n’a fourni aucun autre détail.

La directrice de l’Association des femmes autochtones du Canada, Lynne Groulx, a souligné qu’après que le voyage de M. Trudeau à Tofino ait été rendu public, l’un de ses ministres a souligné à quel point le premier ministre et l’ensemble du gouvernement libéral croient en la réconciliation.

« Nous avons besoin de voir cela en action parce que c’est une erreur très grave qui s’est produite », a dit Mme Groulx.

Elle a ajouté que les gens se sentent déçus, blessés et en colère par les actions de M. Trudeau et qu’il devrait être clair que le 30 septembre est une journée nationale d’observation et non un jour férié.

Selon Mme Groulx, le fait que cela se soit produit dans la foulée d’une campagne électorale fédérale ne fait qu’éroder la confiance dans le sérieux du gouvernement quant aux engagements qu’il a pris pour faire avancer la réconciliation.

« Peut-être que cela fait partie de ce que font les gouvernements lorsqu’ils ont besoin d’être élus et de gagner la confiance des peuples autochtones. Nous doutons de la légitimité des promesses qui sont faites ».

La cheffe de l’Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, a déclaré que « les excuses creuses ne seront plus acceptées ».

« En tant que Cheffe nationale, au nom de toutes les Premières Nations, je m’attends à des actions concrètes et à des changements de comportements », a-t-elle déclaré dimanche dans un communiqué. « Le premier ministre doit démontrer par des actions qu’il s’engage sur la voie de la guérison ».

Mme Archibald a demandé que les médias accordent la même attention aux histoires des survivants et survivantes des pensionnats qu’au comportement de M. Trudeau.

La déclaration selon laquelle le 30 septembre serait une journée en l’honneur des survivants a été faite dans les semaines qui ont suivi l’annonce de la nation Tk’emlups te Secwepemc au sujet de la découverte des tombes anonymes. La journée était auparavant connue sous le nom de « Journée de la chemise orange », une initiative visant à sensibiliser le public au sombre héritage des pensionnats du Canada.

La découverte de ces tombes a déclenché des semaines de deuil à travers le pays. Des centaines de petites chaussures et d’animaux en peluche ont été placés près de la flamme du centenaire sur la Colline du Parlement ainsi que sur d’autres sites pour se souvenir des enfants autochtones décédés et portés disparus.

Quelques semaines plus tard, la Première nation Cowessess en Saskatchewan a également signalé avoir localisé plus de 700 tombes non marquées à l’aide de la technologie radar à pénétration de sol que d’autres Premières Nations ont utilisé afin de trouver les restes d’enfants sur les anciens sites des pensionnats.

La nouvelle, combinée à la réflexion qu’elle a suscitée chez de nombreux Canadiens, a incité le Parlement à adopter un projet de loi nommant le 30 septembre Journée nationale pour la vérité et la réconciliation. Cette décision faisait également partie des 94 appels à l’action lancés par la Commission de vérité et réconciliation du Canada dans son rapport de 2015.