Une sénatrice qui préside un comité mis en place pour forger des liens entre les parlements canadien et afghan a reçu des appels à l’aide désespérés de la part de politiciens afghans.

La Presse Canadienne

La sénatrice Salma Ataullahjan dit qu’elle reçoit quotidiennement des appels à l’aide de la part d’Afghans qu’elle a rencontrés lors d’affaires parlementaires officielles.

Une députée afghane a raconté à la sénatrice que sa voiture avait été confisquée et qu’elle se cachait, alors qu’elle tentait de trouver un moyen de quitter le pays.

Mme Ataullahjan, qui a grandi au Pakistan et qui est pachtoune — le plus grand groupe ethnique d’Afghanistan — a déclaré qu’elle avait été inondée d’appels d’Afghans, y compris de journalistes, craignant pour leur sécurité.

Elle a aussi reçu des appels de politiciens afghans qu’elle a rencontrés en tant que coprésidente du Groupe d’amitié parlementaire Canada-Afghanistan et en tant que vice-présidente du Groupe canadien de l’Union interparlementaire, qui favorise les liens entre les parlements.

La sénatrice a déclaré qu’elle recevait chaque jour des appels d’Afghans, y compris de ceux qui ont aidé des ONG canadiennes et qui sont incapables de quitter le pays.

Elle a indiqué qu’une de ces personnes avait été battue à l’aéroport alors qu’elle tentait de s’enfuir avec ses enfants et qu’elle se « cache maintenant ».

« Chaque jour, je reçois des appels à l’aide », a-t-elle confié. « Cette femme députée que j’ai rencontrée a dit "Je crains pour ma sécurité. Nous n’avons rien, même nos voitures, tout a été emporté." »

Mme Ataullahjan siège au caucus conservateur et a été la première personne d’origine pakistanaise à être nommée au Sénat. Elle parle le pachto, qui est largement parlé en Afghanistan, et est la fille d’un sénateur pakistanais et petite-fille de Bacha Khan, qui a dirigé un mouvement d’indépendance de la domination britannique. Enfant, elle passait ses vacances à Kaboul et vivait près de la frontière afghane.

Elle a tenu la dernière réunion officielle du Groupe d’amitié parlementaire Canada-Afghanistan par Zoom le 29 juillet. La réunion a entendu des informations faisant état d’assassinats ciblés d’érudits religieux, de femmes, de membres de la communauté LGBTQ, d’artistes et de journalistes.

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, la sénatrice a dit qu’elle craignait pour les femmes afghanes, y compris celles qui occupaient des postes de pouvoir.

« Si vous êtes une femme, vous êtes en danger. Ils (les talibans) détestent les femmes ayant du franc-parler », a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté qu’elle était contactée chaque jour par des Afghans désespérés par le biais de WhatsApp, par téléphone, par courriel et par Zoom. Mais elle a précisé que le wifi était « sporadique » et qu’il devenait de plus en plus difficile pour eux de rester en contact.

La sénatrice a exprimé sa frustration relativement au manque de réponse des autorités canadiennes lorsqu’elle a demandé de l’aide pour que les Afghans en péril quittent le pays.

« Lorsque nous avons déposé une demande pour des personnes menacées, nous n’avons rien entendu », s’est-elle désolée.

Le gouvernement libéral a été critiqué à maintes reprises pour ne pas avoir agi assez rapidement pour sauver les Afghans ayant des liens avec le Canada. Un programme spécial d’immigration pour ceux qui ont aidé le Canada dans sa mission militaire en Afghanistan a été en proie à des problèmes bureaucratiques et techniques.

Mme Ataullahjan a été derrière un rapport parlementaire, en 2010, qui recommandait que des plans soient élaborés pour soutenir les femmes en Afghanistan après la fin de la mission de combat du Canada.

Le rapport de la commission sénatoriale des droits de la personne ne prévoyait pas que le pays soit repris par les talibans.