(Cowessess) La Première Nation de Cowessess, en Saskatchewan, où des centaines de sépultures anonymes ont été découvertes près d’un ancien pensionnat pour enfants autochtones, devient la première communauté à reprendre le contrôle de ses services à l’enfance.

La Presse Canadienne

« Chaque jour, on va relever nos manches pour nous assurer que chacun de nos enfants, quand on les appellera à la maison, sache où se trouve la maison », a déclaré le chef Cadmus Delorme mardi.

C’est la première fois que la compétence et le contrôle des services à l’enfance et à la famille sont transférés entre les mains d’une Première Nation en vertu de la loi fédérale, qui a été adoptée en 2019 et est entrée en vigueur l’année suivante.

« Nous n’avons jamais abdiqué notre responsabilité souveraine envers nos enfants », a insisté le chef Delorme.

Pour la signature de l’entente, le chef a reçu la visite des premiers ministres Justin Trudeau et Scott Moe sur le site du pow-wow de Cowessess, près de l’ancien pensionnat de Marieval.

Le mois dernier, des radars pénétrants ont permis de découvrir des centaines de sépultures anonymes. Le décompte pourrait atteindre jusqu’à 751 corps.

Justin Trudeau devait profiter de son passage pour visiter les lieux et rencontrer des survivants des pensionnats.

Il estime honteux que des enfants soient morts à cause de politiques gouvernementales qui les ont envoyés de force dans ces institutions. Il a ajouté qu’il est important de se souvenir de ces atrocités et s’assurer que cela ne se reproduise jamais.

« Aucun enfant ne sera retiré dans sa communauté. C’est ça l’objectif, a soutenu M. Trudeau. Jamais plus des enfants ne doivent être retirés de leur foyer, leur famille, leur communauté. »

On estime que 150 000 enfants autochtones ont fréquenté les pensionnats entre 1860 et 1996.

Le nombre élevé d’enfants autochtones pris en charge par l’État est décrit comme un héritage du système des pensionnats. Plus de 52 % des enfants en foyer d’accueil sont autochtones, alors que les Autochtones ne comptent que pour 7,7 % de la population infantile au pays, selon des données de 2016 de Statistique Canada.

En Saskatchewan, 86 % des quelque 3400 enfants en foyer d’accueil sont autochtones. Parmi eux, 156 proviennent de la Première Nation de Cowessess.

Le gouvernement fédéral avait promis que la loi réduirait le nombre d’enfants autochtones pris en charge en affirmant les droits inhérents des communautés des Premières Nations, inuites et métisses.

Les communautés qui parviennent à obtenir une entente peuvent implanter leurs propres nouvelles règles en matière de bien-être des enfants ou se référer à leurs pratiques traditionnelles. Dans un cas comme dans l’autre, leur autorité prévaut sur celle de la province ou du fédéral.

Selon le ministère des Services aux Autochtones, en date du 8 juin, 38 groupes de gouvernance autochtones représentant une centaine de communautés avaient déposé une demande pour reprendre le contrôle des services à l’enfance sur leur territoire.

Jusqu’ici, 18 tables de discussion ont été mises sur pied, incluant celle de la Première Nation de Cowessess.

Aucune aide financière n’est prévue par la loi, mais Ottawa a annoncé, mardi qu’il accordait un soutien de 38,7 millions étalé sur deux ans à la communauté de Cowessess.

La Saskatchewan va également continuer de fournir des services aux enfants autochtones hors du territoire de la communauté jusqu’à ce que le programme de Cowessess soit en mesure de les accueillir.

La Première Nation de Cowessess s’est vu retirer la juridiction sur les services à l’enfance en 1951. L’an dernier, elle avait adopté ses propres lois assurant des droits aux enfants et aux familles dans le besoin.