(Ottawa) La présidente du Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada, Kim Campbell, a révélé que ses membres souhaitaient dénicher une candidature autochtone, mais que le critère du bilinguisme aurait limité leurs choix.

Jim Bronskill La Presse Canadienne

C’est ce que l’ancienne première ministre du Canada a déclaré devant un comité de la Chambre des communes, mardi.

Kim Campbell, qui a également déjà occupé la fonction de ministre de la Justice, a précisé que les candidats autochtones répondant au critère de bilinguisme étaient principalement des juges et des avocats ayant peu d’expérience.

Parmi la courte liste de candidats sélectionnés par le comité, le premier ministre Justin Trudeau a nommé le juge ontarien Mahmud Jamal à la Cour suprême.

Le juge Jamal, né au Kenya au sein d’une famille d’origine indienne, devient la première personne de couleur à accéder à la magistrature du plus haut tribunal du Canada.

Kim Campbell a d’ailleurs souligné que son comité était satisfait de la diversité des candidats inscrits sur sa liste. Parmi les 18 candidats, sept d’entre eux s’identifiaient comme appartenant à une minorité visible, trois s’identifiaient à une culture ou à origine ethnique précise, cinq s’identifiaient comme des Autochtones et un s’identifiait à la communauté LGBTQ.

« Je crois que d’ici quatre ou cinq ans, on verra un candidat juge à la Cour suprême du Canada », a-t-elle affirmé.

Mme Campbell a toutefois ajouté qu’il y avait déjà une reconnaissance de l’importance pour les juges allochtones de la Cour suprême d’être bien informés des enjeux touchant les Premières Nations.

Le juge Mahmud Jamal a confié avoir été victime de moqueries et d’intimidation lorsqu’il était enfant, en Angleterre, en raison de son nom et de son apparence physique. Sa famille s’est établie à Edmonton en 1981 et il a étudié en économie avant de trouver sa voie dans le droit.

PHOTO COMMISSIONER FEDERAL JUDICIAL AF, VIA REUTERS

Le juge Mahmud Jamal

Avant d’accéder à la magistrature à la Cour d’appel de l’Ontario, il y a deux ans, le juge Jamal a connu une longue carrière de plaideur.

Lors d’une séance de questions et réponses avec des parlementaires, mardi, Mahmud Jamal a répondu qu’en tant que personne racisée il se sentait investi d’une importante responsabilité et en être pleinement conscient.

Il a insisté sur le fait que cela n’avait rien à voir avec lui personnellement, mais que sa présence sur le banc allait permettre à d’autres personnes des minorités de réaliser que les institutions sont ouvertes à leur réalité et qu’elles peuvent se reconnaître dans le système de justice. Cela aura pour effet de renforcer la confiance envers les institutions, croit-il.

Bien qu’il ait passé des années au sein d’une firme d’avocats de Bay Street, à Toronto, le juge Jamal soutient que ses racines de nouvel arrivant au Canada lui ont inculqué l’importance d’aider les personnes défavorisées. Il dit avoir adoré travailler sur des dossiers pro bono tout au long de sa carrière.

« J’espère que j’ai pu en faire une véritable partie de moi-même. »

Le magistrat dont l’anglais est teinté de l’accent britannique de son enfance se dit prêt à intégrer la Cour suprême, dont il est un fervent étudiant. Il a d’ailleurs l’habitude de citer de nombreux anciens juges de l’institution.

Il a déclaré aux députés et sénateurs qu’il avait hâte de plonger dans les dossiers complexes entendus par la cour et de s’appliquer à donner un sens aux lois.