(Ottawa) La décision de la société américaine Novavax de produire son vaccin contre la COVID-19 dans les nouvelles installations du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), avenue Royalmount à Montréal, aura un effet domino, prédit le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Alors qu’il s’est donné comme objectif prioritaire de reconstruire les capacités de biofabrication au pays afin de réduire notre dépendance aux usines installées à l’étranger, M. Champagne multiplie les appels auprès des grandes sociétés pharmaceutiques pour les inciter à augmenter leur présence et leur production au Canada.

Mais le ministre reconnaît dans la foulée qu’une vaste réflexion s’impose sur l’avenir de cette industrie névralgique au pays. Et cette réflexion aura lieu dès que la crise sanitaire sera terminée, a-t-il assuré dans une entrevue accordée à La Presse.

PHOTO BLAIR GABLE, ARCHIVES REUTERS

Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne

M. Champagne a tenu à réagir aux propos de la présidente et directrice générale de Merck Canada, Anna Van Acker, qui a déploré dans une entrevue avec La Presse lundi la quasi-indifférence du gouvernement Trudeau à laquelle se heurte l’industrie pharmaceutique depuis cinq ans. Et l’absence de dialogue « constructif » entre Ottawa et les géants de cette industrie pourrait expliquer en partie les difficultés que connaît le Canada en matière d’approvisionnement en vaccins.

À titre d’exemple, elle a relaté que les PDG internationaux de Merck (États-Unis, Europe et Canada, notamment) ont écrit au premier ministre Justin Trudeau l’an dernier afin de solliciter une rencontre pour discuter des priorités du gouvernement fédéral en matière de politiques publiques et d’aborder les objectifs de la société pharmaceutique sur le plan de la recherche et de l’innovation. Mais le bureau du premier ministre a poliment décliné cette demande de rencontre.

« Repartir tranquillement l’écosystème »

Depuis qu’il a été nommé à la barre du ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, il y a à peine trois semaines, M. Champagne a dit avoir entendu ces doléances de la part de certains dirigeants canadiens.

« Je suis ouvert à la tenue d’un sommet ou d’une réflexion sur l’avenir de l’industrie au Canada. Mais ce que j’ai dit quand certains ont soulevé cela : on est dans une urgence sanitaire et il faut prendre des actions urgentes, immédiates, avec une vision à long terme. Ça, c’est mon message à tout le monde […] », a-t-il déclaré.

Il faut quand même constater qu’on est dans une urgence sanitaire, qu’on doit poser des gestes aujourd’hui.

François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada

M. Champagne a réitéré que le Canada ne peut pas se permettre d’affronter une autre crise sanitaire sans s’être donné les moyens de reconstruire une capacité de bio-fabrication locale qui s’appuie sur une chaîne d’approvisionnement fiable.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La société américaine Novavax produira son vaccin contre la COVID-19 dans les nouvelles installations du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), avenue Royalmount à Montréal.

Dans les pourparlers qu’il mène avec les PDG des grandes sociétés pharmaceutiques, le ministre dit utiliser un argument de vente qui a du poids : le Canada est le seul pays du G7 à avoir un accord de libre-échange avec les États-Unis et l’Union européenne, tout en faisant partie de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste. Ce dernier accord de libre-échange lie le Canada et 10 autres pays de l’Asie-Pacifique, soit l’Australie, Brunei, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Viêtnam.

Auparavant, la taille du marché canadien de 38 millions d’habitants était vue comme un handicap pour convaincre les géants pharmaceutiques. Aujourd’hui, M. Champagne affirme qu’il l’utilise comme un atout.

Je leur dis : venez au Canada et votre marché sera de 1,2 milliard de personnes. Notre marché domestique, il est facile à satisfaire.

François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada

« Et avec nos accords, ils peuvent utiliser le Canada comme une base de leurs exportations globales et ils n’auront pas d’enjeux politiques comme aux États-Unis ou en Europe », a expliqué M. Champagne.

Le ministre a dit avoir utilisé cet argument avec succès avec le PDG de Novavax. D’où sa prédiction que la décision de cette entreprise de produire son vaccin à Montréal fera boule de neige. « Dans mes discussions, il n’y a personne qui m’a dit ne pas être intéressé par le Canada. […] Nous leur offrons la stabilité, la prévisibilité, la sécurité et l’ouverture, et en même temps un marché domestique facile à satisfaire rapidement », a-t-il déclaré.

« Par des actions concrètes, ce que je veux faire, c’est de repartir tranquillement l’écosystème et qu’il devienne tellement attrayant que ces gens-là vont revenir au pays. »