Les commissaires à la protection de la vie privée du Canada démarrent ce vendredi une vaste enquête nationale sur une technologie controversée de reconnaissance faciale appelée Clearview AI, que différents corps policiers canadiens ont admis ces derniers jours avoir utilisé.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

L’enquête est lancée « dans un contexte de préoccupations croissantes quant à l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale », écrivent les autorités de protection des renseignements personnels du Canada, du Québec, de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, dans un communiqué conjoint.

« Cette enquête a été initiée à la suite de nombreux reportages dans les médias ayant soulevé des questions et des préoccupations à savoir si [Clearview AI] recueille et utilise des renseignements personnels sans consentement. »

Apparue sur le marché en 2017, la technologie d’intelligence artificielle de Clearview AI permet de comparer des photos de suspects à une banque d’images contenant plus de 3 milliards de photos. Selon le New York Times et de nombreux médias américains, Clearview AI a récolté ces photos en copiant sans autorisation des images privées de millions d’utilisateurs de Facebook, Twitter, YouTube et de plusieurs autres réseaux sociaux.  

Le Service de police de la Ville de Montréal refuse de confirmer ou d’infirmer s’il en a déjà fait l’utilisation. La police de Toronto et celle d’Ottawa ont admis avoir testé le logiciel. Le chef de police de Toronto, dont le service avait d’abord démenti en faire l’usage, a exigé que cette pratique cesse immédiatement.

Facebook, Twitter et Google ont pour leur part envoyé des mises en demeure à Clearview AI exigeant que l’entreprise cesse d’utiliser les images de leurs utilisateurs sans consentement.  

La Sûreté du Québec, qui a lancé un appel d’offres pour acquérir un logiciel de reconnaissance faciale qui sera en fonction « au plus tard le 30 novembre 2020, assure pour sa part qu’elle n’a jamais utilisé l’outil controversé. Clearview n’a pas non plus offert ses services au corps policier provincial, assure le porte-parole Hugo Fournier.

Une enquête du New York Times a révélé les pratiques agressives de ClearView AI pour gagner des parts de marché. Lorsque des corps policiers publient des photos de suspects recherchés, Clearview AI cherche une correspondance grâce à son logiciel, et si elle en trouve une, informe le corps policier du résultat même si ce dernier n’a jamais sollicité ses services. L’entreprise fournit aussi des accès gratuits temporaires à des policiers afin de les convaincre de la puissance du logiciel.  

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada ainsi que les Commission d’accès à l’information du Québec, de la Colombie-Britannique et de l’Alberta vont enquêter pour voir si les pratiques de Clearview AI « sont conformes aux lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels. »

« L’entreprise a aussi prétendu qu’elle offre ses services à des institutions financières », précise le communiqué, sans toutefois donner plus de détail à cet égard.  

Les autorités de réglementation de la protection de la vie privée de toutes les provinces ont aussi convenu « d’élaborer ensemble des orientations à l’intention des organisations – y compris les organismes d’application de la loi – sur l’utilisation de la technologie biométrique, dont la reconnaissance faciale. »