(Ottawa) Statistique Canada prévoit transférer ses banques de données sur le nuage numérique et reconnaît que cela soulèvera des questions quant à la protection des données sensibles.

Jim Bronskill
La Presse canadienne

Cette initiative fait partie de la stratégie du gouvernement fédéral pour répondre à la demande croissante de services en ligne et offrir une solution de rechange à son propre système informatique vieillissant.

Des entreprises d’infonuagique fournissent à leurs clients, dont des ministères fédéraux, des services informatiques virtuels – des systèmes de messagerie électronique aux espaces de stockage de grande capacité – en utilisant des logiciels, des serveurs et d’autres supports informatiques hébergés dans leurs locaux.

Statistique Canada y voit plusieurs avantages, notamment un accès abordable aux plus récentes technologies, une puissance de traitement de l’information décuplée, de l’espace de stockage supplémentaire et la possibilité de fournir des données plus rapidement au public et aux chercheurs.

Mais l’agence sait que l’infonuagique n’a pas que des avantages.

« L’utilisation de la technologie du nuage numérique soulèvera des questions sur la sécurité des données et la capacité de Statistique Canada à protéger les données sensibles », indiquent des notes internes de l’agence obtenues grâce à la Loi sur l’accès à l’information. « De plus, les Canadiens voudront savoir quelles mesures sont prises pour assurer la sécurité de leurs informations. »

« L’utilisation de l’infonuagique peut également soulever des questions sur la souveraineté des données et l’accès possible aux données et leur utilisation en vertu des lois d’un autre pays. »

Le gouvernement fédéral est conscient du fait que de nombreux pays ont des lois leur permettant d’obtenir un mandat pour avoir des informations dans le cadre d’enquêtes judiciaires, ou de citer des personnes à comparaître à ce sujet.

Ottawa estime que le principal risque pour la souveraineté des données canadiennes est la loi américaine sur la surveillance des renseignements étrangers (Foreign Intelligence Surveillance Act) et le pouvoir de Washington d’obliger une organisation soumise à la loi américaine à remettre des données qu’elle détient, peu importe l’emplacement des données et sans en informer le Canada.

De plus, il existe des accords de partage d’informations et un processus d’assistance juridique entre les différents ministères et agences responsables de la sécurité et de l’application de la loi des deux côtés de la frontière.

« Un niveau de risque accru »

Le gouvernement canadien est tenu de protéger les données personnelles et les informations hautement sensibles liées à la sécurité nationale, aux discussions du cabinet, aux affaires militaires et aux questions judiciaires. Par conséquent, ces informations ne peuvent être stockées dans le nuage numérique.

Toutes les informations de cette catégorie, ainsi que les informations encore plus sensibles et les informations classifiées, doivent être stockées dans une installation informatique approuvée par le gouvernement et située au Canada ou dans les locaux du gouvernement canadien à l’étranger, comme une mission diplomatique.

Rien de tout cela n’est suffisant pour rassurer Wayne Smith, un ancien statisticien en chef du Canada qui a démissionné en 2016 en raison de ses préoccupations concernant l’indépendance de Statistique Canada. M. Smith avait des réserves quant au transfert de certaines données de l’agence vers les installations de Services partagés Canada.

Le déplacement de données statistiques vers le nuage informatique entraînera « un niveau de risque accru qui n’est pas nécessaire » compte tenu de la possibilité de piratage et de violation de données, estime M. Smith.

Selon lui, il serait préférable que Statistique Canada mette sur pied ses propres centres de données et les garde hors ligne.

L’agence nationale de la statistique est encore dans la phase de planification du projet, ce qui signifie qu’elle ne stocke actuellement que « des informations non sensibles et non classifiées » dans le nuage, a déclaré le porte-parole Peter Frayne.

« Statistique Canada ne fera migrer les informations protégées que lorsque nos systèmes auront été jugés sûrs », a-t-il ajouté dans une réponse écrite aux questions soumises par La Presse canadienne.

L’agence a l’intention d’adopter une « stratégie hybride multi-nuages » – le stockage des applications et des données sera réparti entre des centres de données gouvernementaux et des fournisseurs d’infonuagique, a précisé le porte-parole.