(Ottawa) Les temps sont durs pour les organismes caritatifs.

La Presse canadienne

Les activités de ces organismes de bienfaisance ont été souvent interrompues pendant la pandémie, réduisant leurs revenus potentiels, alors que les dons traditionnels chutaient en raison de la crise économique. Pour ne rien arranger, le secteur des organismes sans but lucratif est confronté à la controverse entourant l’organisme We Charity.

Imagine Canada, qui milite pour le financement des organismes caritatifs, estime que leurs revenus ont baissé d’environ un tiers pendant la pandémie, car l’incertitude économique et le chômage élevé ont obligé les ménages à réduire leurs dépenses discrétionnaires.

La pandémie n’a fait qu’accélérer une tendance constatée depuis plusieurs années pour de nombreux organismes qui ont recherché de nouvelles sources de revenus, par le biais de la vente de biens et de services. Bruce MacDonald, chef de la direction d’Imagine Canada, estime que près de la moitié des revenus des organismes de bienfaisance au Canada proviennent de ces activités.

Les revenus provenant de tout ce qui n’est pas directement lié à l’œuvre de l’organisme de bienfaisance devraient passer par une filiale distincte, comme une entreprise d’économie sociale. Ces entités distinctes ne sont généralement pas soumises aux mêmes règles de transparence que les organismes de bienfaisance eux-mêmes, a expliqué M. MacDonald.

En 2016, les libéraux ont permis aux organismes de bienfaisance et aux associations de sport amateur de s’impliquer de façon limitée dans une entreprise à but lucratif sans perdre leur statut d’organisme de bienfaisance, comme l’a fait We Charity. Deux ans plus tard, un comité consultatif créé par le gouvernement a recommandé d’aller plus loin encore, en modifiant par exemple la fiscalité.

Les frères Kielburger

Au cours de quatre heures de témoignage devant le comité des finances de la Chambre des communes, la semaine dernière, les cofondateurs de We Charity, Craig et Marc Kielburger, ont indiqué qu’ils avaient lancé une entreprise, « ME to WE », pour ne pas enfreindre les règles de l’Agence du revenu du Canada. Ils ont soutenu sous serment que 100 % des bénéfices de l’entreprise étaient retournés aux activités caritatives.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Les frères Marc Kielburger (à gauche) et Craig Kielburger ont répondu aux questions du comité des finances de la Chambres des communes, le 28 juillet.

Les chiffres les plus récents d’Habitat pour l’humanité ont ainsi montré qu’en 2019, les « Centres de rénovation ReStores » ont versé près de 6,8 millions à l’organisme de bienfaisance. « C’est terrible si les gens pensent qu’il y a un problème avec l’entreprise d’économie sociale, parce que c’est le seul moyen d’obtenir un plus grand impact et une certaine stabilité de financement », a déclaré en entrevue Julia Deans, directrice générale d’Habitat pour l’humanité Canada.

On comptait 110 magasins « ReStores » avant la pandémie : deux n’ont pas survécu au confinement — un à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, et l’autre près de Victoria, en Colombie-Britannique.

M. MacDonald soutient que la structure complexe de l’organisme We Charity, avec ses multiples fondations et ramifications, n’est pas représentative du secteur. Il déplore que les donateurs perdent confiance à mesure que des détails émergent sur We Charity. « Et avouons-le, la confiance, dans notre secteur, c’est primordial. »

Les organismes craignent aussi que les gouvernements hésitent à s’associer avec des œuvres de bienfaisance pour des raisons politiques. Le gouvernement ontarien a ainsi annoncé la semaine dernière qu’il ne renouvellerait pas un contrat avec We Charity.