Les Albertains sont deux fois plus nombreux à être insatisfaits de l’état du Canada que les Québécois, selon un bilan de santé annuel de la fédération effectué auprès de 5000 répondants au pays que La Presse a obtenu. Le sondage à grande échelle confirme que le pays est profondément divisé sur les enjeux pétroliers et environnementaux, ce qui crée une frustration profonde dans les Prairies. Ainsi, la majorité des résidants de l’Alberta considèrent ne pas être traités avec respect au sein du Canada, une proportion bien plus grande qu’au Québec, suggère l’étude. De moins en moins de Canadiens verraient le fédéralisme d’un œil positif, toujours selon le document.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

L’Ouest encore insatisfait

Comme en 2019, c’est toujours dans les Prairies, et plus précisément en Alberta, que l’insatisfaction à l’égard du Canada est la plus grande. Ainsi, 63 % des Albertains et 59 % des Saskatchewanais estiment que le Canada manque de respect à l’égard de leurs provinces respectives, suggère le sondage. Seulement un tiers des Albertains serait satisfait « de la façon dont vont les choses dans notre pays ». Le portrait n’est donc pas rose, mais est tout de même meilleur que celui de l’an dernier, a souligné Andrew Parkin, de l’Environics Institute for Survey Research, qui a fait réaliser le sondage. « C’est un peu rassurant de voir que c’était peut-être un plafond. C’est mieux que l’inverse, que si ça avait continué à augmenter », a-t-il dit.

Plus d’indépendantistes en Alberta qu’au Québec

Résultat : l’Alberta compterait plus d’indépendantistes que le Québec, selon le sondage. Seulement 20 % des répondants québécois ont affirmé qu’ils étaient « principalement souverainistes », contre 43 % des Albertains qui croient que les provinces de l’Ouest devraient prendre leur propre chemin. Il faut toutefois regarder ces chiffres avec prudence, a indiqué M. Parkin. Dans l’Ouest, une telle réponse peut représenter la simple expression d’une insatisfaction plutôt qu’un réel attachement à l’idée de former un nouveau pays. Les chiffres d’appui à l’indépendance de l’Ouest sont aussi en baisse marquée par rapport à 2019 : l’élection du premier ministre Jason Kenney à la tête de l’Alberta a peut-être canalisé l’insatisfaction de la population à l’égard d’Ottawa.

L’environnement divise

Au cœur de la division entre régions : l’environnement et la transition énergétique. Les résidants des Prairies sont deux fois moins nombreux que la moyenne canadienne à prôner une sortie rapide des carburants fossiles, et trois fois moins nombreux que les Québécois. Seulement 10 % des Québécois veulent donner la priorité aux emplois dans ce débat, contre 37 % des Albertains. « Une majorité relative favorise partout l’élimination graduelle des combustibles fossiles pour éviter de soudaines pertes d’emplois dans le secteur pétrolier et gazier », souligne toutefois le rapport de sondage.

Désintérêt pour le fédéralisme

Au-delà des résultats en Alberta et au Québec, l’idée même du fédéralisme semble perdre de la vitesse partout au pays. « Le nombre de Canadiens pour qui le fédéralisme présente plus d’avantages que d’inconvénients n’a jamais été aussi faible en plus de 20 ans, soit depuis la première fois qu’on leur a posé la question », indique l’étude. Ce n’est pas tant l’opposition à l’idée fédérale qui a crû que la proportion de répondants qui se disent indécis ou sans opinion. « Ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour un pays comme le nôtre, qui fonctionne seulement si on connaît le concept de partenariat entre peuples, entre nations, entre communautés, entre provinces », a dit Andrew Parkin.

Méthodologie

Le sondage a été menée par l’Environics Institute for Survey Research en collaboration avec l’Institut de recherche en politiques publiques, la Canada West Foundation, le Centre d’analyse politique sur la constitution et le fédéralisme, et l’Institut sur la gouvernance Brian Mulroney. Plus de 5100 Canadiens ont été sondés sur l’internet au début de l’année 2020, dont environ 1500 au Québec.