(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau se dit en faveur du port obligatoire de caméras corporelles pour les corps policiers au pays, notamment la GRC, et compte discuter de la faisabilité de cette mesure avec ses homologues des provinces durant leur prochaine conférence téléphonique jeudi.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

M. Trudeau a évoqué cette idée durant sa conférence de presse à Rideau Cottage alors que les manifestations se multiplient au pays pour dénoncer la brutalité policière envers les communautés noires et les peuples autochtones.

Ces manifestations font écho à d’autres mouvements de colère qui se succèdent aux États-Unis et ailleurs dans le monde depuis le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain qui est mort asphyxié après qu’un policier blanc de Minneapolis eut maintenu son genou sur son cou pendant près de neuf minutes.

Selon le premier ministre, le port de caméras corporelles assurerait une plus grande transparence de la part des corps policiers

« Les caméras corporelles représentent un élément de transparence et de reddition de comptes. Je crois que ce serait très important pour les corps policiers du pays », a affirmé le premier ministre.

M. Trudeau a par ailleurs défendu sa décision de participer à la manifestation sur la colline parlementaire la semaine contre la brutalité policière et le racisme systémique, malgré les directives des autorités sanitaires en matière de distanciation sociale.

Il a fait valoir qu’il ne pouvait pas rester à l’écart en voyant des milliers de Canadiens se rendre sur la colline de la fenêtre de son bureau vendredi dernier. Il a affirmé avoir pris les précautions nécessaires en portant un masque et en se lavant les mains régulièrement durant la journée. Il n’a pas écarté l’idée de subir un test de dépistage.

Durant sa conférence de presse, M. Trudeau a promis que son gouvernement adoptera de nouvelles mesures pour lutter contre le racisme systémique au pays.

« Nos communautés subissent les inégalités et le racisme en ce moment, incluant dans le contexte de la pandémie. Il suffit de regarder une carte des cas de COVID-19 à Toronto et à Montréal pour constater que les Canadiens noirs sont plus durement touchés par la COVID-19 », a-t-il affirmé.

« Je suis là pour écouter les revendications des Canadiens noirs. Je vous entends dénoncer la discrimination systémique, le racisme, les préjugés inconscients qui persistent chez nous. Et je suis prêt à passer à l’action », a-t-il dit.

M. Trudeau a indiqué avoir discuté des récents cas de violence envers les autochtones impliquant la GRC avec la commissaire du corps policier fédéral, Brenda Lucki, lundi matin. Il a aussi abordé ce dossier durant la réunion du cabinet de vendredi.

« Les choses doivent changer. Mais réparer des siècles d’injustice, d’exclusion et de violence, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut travailler ensemble et il faut travailler fort. Aujourd’hui, je m’engage à continuer à mener la charge. Et notre gouvernement va travailler aussi fort et aussi vite que possible pour bâtir un pays juste et meilleur avec vous », a-t-il promis.

La semaine dernière, une jeune autochtone, Chantel Moore, a été tuée à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, après que la police eut été envoyée à son domicile pour vérifier son état de santé. Le service de police la municipalité affirme que l’agent dépêché sur place s’est retrouvé face à une femme menaçante munie d’un couteau. Il a ouvert le feu et l’a abattue sur place.

En fin de semaine, The Globe and Mail a rapporté qu’un chef autochtone du nord de l’Alberta a été agressé par des agents de la GRC au cours d’une arrestation pour une simple question d’étiquette d’immatriculation expirée le 10 mars dernier. Le chef des Chipewyans d’Athabasca, Allan Adam, a réclamé une enquête gouvernementale.  

Au cours de l’affrontement, M. Adam affirmé avoir a été profondément coupé à l’intérieur de la bouche. Il a dit être parvenu à peine à garder conscience. Il a aussi senti que quelqu’un l’avait frappé dans le dos. Le chef autochtone a été détenu jusqu’à 9 h 30, le lendemain matin, a indiqué son avocat, Brian Beresh.

M. Adam a été accusé d’avoir résisté à son arrestation et d’avoir commis des voies de fait contre un policier dans l’exercice de ses fonctions, a indiqué samedi le détachement de la GRC de l’Alberta, par communiqué. Le chef autochtone comparaîtra le 2  juillet devant la Cour provinciale, à Wood Buffalo.

La GRC se défend en disant que ce 10 mars, vers 2 h, elle vérifiait un véhicule arrêté dont les plaques d’immatriculation étaient expirées. Il y aurait eu confrontation avec M. Adam. Celui-ci serait retourné vers le véhicule et aurait ensuite résisté à son arrestation.

Elle dit que ses agents ont dû recourir à la force pour arrêter le chef autochtone.

-Avec La Presse canadienne