Le Nunavut prévoit la mise en place de sa propre agence civile d’examen de la police en raison d’inquiétudes sur le traitement réservé aux Inuits par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Bob Weber
La Presse canadienne

La ministre de la Justice du Nunavut, Jeannie Ehaloak, a promis vendredi d’agir envers un examen de nature civile pour les incidents graves impliquant la GRC.

« Mon ministère y travaille déjà », a-t-elle assuré.

Cette semaine, une vidéo a fait surface sur les médias sociaux montrant un homme inuit, ayant apparemment les facultés affaiblies, être renversé par la porte d’un véhicule de police avant d’être arrêté. Il a été emmené au détachement de Kinngait, anciennement Cape Dorset, où il a été battu par un autre prisonnier, devant ensuite être transporté à l’hôpital d’Iqaluit.

L’homme inuit n’a pas fait l’objet d’accusation.

« J’étais indignée. J’étais en colère. J’ai été blessée », a déclaré Mme Ehaloak à La Presse canadienne.

Ces sentiments ont été largement répandus à travers le territoire et ont entraîné une longue discussion sur la relation entre les Inuits et la GRC.

Une série de rapports et de poursuites ont semblé montrer une perte de la confiance déjà ébranlée des Inuits envers le corps policier. Des médias du nord rapportent au moins six enquêtes en cours sur le comportement de la GRC et plusieurs politiciens de l’Arctique ont demandé le port de caméras corporelles par les agents de la GRC.

Mme Ehaloak reconnaît que les interactions entre les Inuits et la police peuvent être difficiles.

« Dans certaines communautés, la relation est excellente ; dans d’autres, ce n’est pas le cas. »

Il y a tout un passé qui alimente le malaise : de l’abattage de chiens de traîneau dans les années 1960 au rôle de la GRC dans le déplacement de populations inuites. Pour certains, a déclaré Mme Ehaloak, la méfiance est profonde.

« Il y a une longue histoire de méfiance. Des incidents comme celui de Kinngait montrent que le racisme systémique sur notre territoire est réel », a-t-elle fait valoir.

C’est pourquoi, a-t-elle dit, le territoire veut des examens indépendants par des tiers de possibles mauvais traitements par la police. Les agents du Nunavut font actuellement l’objet d’enquêtes par la GRC d’Ottawa, a-t-elle souligné.

« Il faut faire davantage pour garantir que les actes répréhensibles sont documentés et font l’objet d’une enquête de manière équitable. »

Elle a déclaré que le territoire est susceptible de passer un contrat avec un organisme déjà existant dans le sud pour les examens.

Mme Ehaloak a affirmé que le corps policier souhaitait également que les relations s’améliorent. Elle a souligné que le gouvernement du Nunavut et la division V — la section de la GRC qui gère le territoire — ont conjointement signé une entente à cet effet.

Elle a salué les efforts de la commandante en chef, la surintendante Amanda Jones, qui s’est rendue dans chaque communauté et a rencontré tous les conseils du territoire. Chaque détachement dispose désormais d’un personnel de première ligne parlant l’inuktut qui peut aider les gens dans leur propre langue, a dit Mme Ehaloak.

Mais elle affirme que les policiers doivent travailler plus fort pour s’intégrer dans les communautés éloignées et tissées serrées dans lesquelles ils sont déployés — même s’ils ne sont là que pour quelques années.

« Même si vous n’êtes ici que pour deux ou trois ans, vous pouvez toujours faire partie de la communauté », a-t-elle soutenu.

Il y a des choses que le corps policier pourrait faire tout de suite pour améliorer la communication, a-t-elle dit, comme la revitalisation du programme des constables spéciaux, qui a formé des gens du coin pour travailler aux côtés des agents de la GRC.