Conscients des impacts sur l’économie nationale que la grève des cheminots du CN entraîne, les parties s’accusent mutuellement de faire retarder les négociations, qui se sont poursuivies durant toute la fin de semaine.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Le syndicat des Teamsters accuse la direction du CN de faire du surplace. Dans un communiqué émis lundi, il dénonce le refus de l’entreprise de « bouger sur les questions clés de santé et de sécurité ».

« Au lieu de négocier de bonne foi, le CN semble vouloir prolonger ce conflit de travail, d’ajouter de l’huile sur le feu et dresser l’opinion publique contre des travailleurs qui veulent juste travailler dans un environnement sécuritaire », accuse François Laporte, le président de Teamsters Canada, qui représente 3200 chefs de trains et préposés aux manœuvres du CN.

En contrepartie, la partie patronale assure négocier de bonne foi et collaborer avec les médiateurs fédéraux pour en venir à une entente.

« Le CN a proposé des solutions visant à mettre fin à la grève ou pour continuer les négociations sans nuire davantage l’économie. La Compagnie a proposé au syndicat de retourner au travail et de soumettre les différends restants à l’arbitrage exécutoire volontaire, ce que le syndicat a refusé jusqu’à maintenant », a expliqué à La Presse Jonathan Abecassis, directeur des relations avec les médias du CN.

Le service est actuellement assuré par les cadres, qui seraient en mesure de couvrir 10 % des opérations sur les 22 000 km du réseau canadien, selon le CN. Les conséquences s’annoncent critiques, notamment pour l’agriculture. Le rationnement actuel de propane provoqué par la grève menace déjà les activités agricoles, où le propane sert au séchage des céréales et au chauffage des bâtiments de ferme, notamment les poulaillers. À l’heure actuelle, les livraisons du combustible sont priorisées dans les milieux essentiels comme les hôpitaux.

« Le CN reconnaît l’impact de cette grève sur ses clients et sur l’économie canadienne. Le CN comprend que ce conflit de travail nuit à leurs opérations et peut entraîner des arrêts de travail forcés et des mises à pied. Nous voulons remercier nos clients et les assurer que nous serons prêts à débuter la reprise de nos activités dès la fin de la grève », a réagi M. Abecassis, au nom de l’entreprise.

Des conditions dénoncées par un extrait audio

En grève depuis une semaine, les travailleurs souhaitent que le CN ajuste ses pratiques d’exploitation dans l’intérêt de leur sécurité. Ils dénoncent notamment les longues heures de travail qu’ils sont soumis à effectuer malgré les risques reliés à la fatigue. Lundi, le syndicat a dévoilé un extrait audio d’octobre 2018 dans lequel on entend un superviseur du CN demander à un chef de train de continuer à travailler, même si ce dernier l’informe de sa fatigue importante causée par des heures ininterrompues de travail.

Écoutez l’enregistrement

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« Les deux travailleurs avaient avisé le CN quelques heures plus tôt qu’ils avaient besoin d’être relevés par une autre équipe et de se reposer. Le chef de train n’a finalement pas déplacé le train et a été suspendu sans solde pendant 14 jours », indique le syndicat des Teamsters.

« Cet enregistrement illustre le mépris flagrant du CN pour la santé et la sécurité de ses travailleurs et du public, a déclaré le président de Teamsters Canada, François Laporte. C’est pourquoi nous sommes en grève au CN. Cela se produit tous les jours dans l’industrie ferroviaire. Le CN intimide régulièrement les travailleurs qui se disent fatigués en les menaçant de mesures disciplinaires. »

L’entreprise confirme avoir « pris connaissance de l’enregistrement » et qu’elle « se penche sur ce dossier ».