Le vapotage chez les jeunes a moins augmenté dans les provinces où la vente aux mineurs a été interdite plus tôt, selon une nouvelle étude publiée lundi. Le Québec a été la quatrième province à l’interdire, et cette interdiction a eu plus d’effets qu’ailleurs sur le plan de l’accessibilité, du vapotage chez les jeunes et de la perception du risque du vapotage par les jeunes.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Plus d’augmentation sans interdiction

Les chiffres de Hai Nguyen, chercheur en pharmacie à l’Université Memorial à Terre-Neuve, sont clairs : l’augmentation du vapotage chez les adolescents a été beaucoup plus importante dans les provinces qui ont attendu l’interdiction fédérale de la vente aux mineurs. « Deux provinces n’avaient toujours pas d’interdiction lors du règlement fédéral en 2018, l’Alberta et la Saskatchewan », dit M. Nguyen, qui est l’auteur de l’étude publiée lundi dans la revue JAMA Pediatrics. « Les augmentations de la consommation régulière ont été les plus fortes au pays, mis à part Terre-Neuve. » La consommation dans le dernier mois par les ados est restée stable à 5 % entre 2015 et 2017 dans les provinces ayant une interdiction, alors qu’elle est passée à 10 % dans les autres. La Colombie-Britannique, qui a attendu à la fin de 2016 pour interdire la vente aux mineurs, a aussi un taux élevé.

Mieux au Québec

Le chercheur terre-neuvien note que le Québec a connu les plus grandes améliorations parmi les provinces ayant instauré une interdiction. « C’est probablement lié à une meilleure surveillance des points de vente », dit M. Nguyen. L’usage mensuel par les ados a même chuté avant et après l’interdiction au Québec, fin 2015. La proportion de jeunes qui pensent que la cigarette électronique n’a pas d’effets négatifs sur la santé est la plus basse au pays, 9 % contre une moyenne de 13 %, en 2017. Et les ados québécois trouvent plus difficile que leurs congénères des autres provinces de mettre la main sur des cigarettes électroniques. Une étude publiée en juin dans le British Medical Journal rapportait toutefois que la proportion de jeunes de 16 à 19 ans ayant vapoté dans le mois précédent était passée de 8,4 % à 14,6 % au Canada entre 2017 et 2018, sans mentionner de résultats provinciaux.

Saveurs et promotions

Les militants anti-vapotage pensent que l’interdiction de vente ne va pas assez loin. « Cette étude démontre que l’interdiction de vente aux mineurs a un impact dans la prévention du vapotage chez les jeunes, mais que cet impact est somme toute secondaire », a commenté Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. « Ce n’est donc pas surprenant que l’industrie du vapotage mette l’accent sur ce type de mesure. » Selon Mme Doucas, l’interdiction des saveurs et de la promotion auprès des jeunes est primordiale. En septembre, le président Donald Trump a annoncé l’interdiction prochaine des saveurs pour les vapoteuses, et le fabricant Juul a annoncé fin octobre un moratoire sur la vente de ses populaires produits aromatisés. Santé Canada est en train de réviser les règlements sur les saveurs et la promotion, deux domaines où, en théorie, l’industrie canadienne ne doit pas viser les jeunes.

Chiffres

4,7 % des ados de 10 à 17 ans au Québec avaient vapoté dans le mois précédent en 2014-2015

3,8 % des ados de 10 à 17 ans au Québec avaient vapoté dans le mois précédent en 2016-2017

SOURCE : JAMA Pediatrics