(Montréal) Les nouveaux arrivants qui s’établissent au Québec pour se faire une nouvelle vie trouvent que les ordres professionnels et le gouvernement les accompagnent mal lorsqu’ils entament des démarches pour faire reconnaître leurs diplômes — un constat sur lequel le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) promet de réfléchir.

Vicky Fragasso-Marquis
La Presse canadienne

Le CIQ, qui représente les ordres professionnels, a commandé un sondage à la firme Léger, dans lequel les nouveaux arrivants se sont dits mal outillés pour traverser ce long processus. Et d’après leurs réponses, tant les ordres professionnels que le gouvernement sont responsables dans tout ce débat.

Plus de 61 % d’entre eux auraient apprécié être mieux accompagnés par l’ordre professionnel où ils ont fait une demande et être mieux préparés aux examens qu’ils doivent suivre pour compléter leur formation. Par ailleurs, 35 % de ces nouveaux arrivants réclament une meilleure assistance du ministère québécois de l’Immigration, ainsi qu’une aide financière.

Les résultats détaillés du sondage permettent aussi de voir qu’une certaine portion d’entre eux ont abandonné la formation ou l’examen qu’ils devaient suivre pour pratiquer leur profession au Québec. Parmi ceux-ci, 35 % l’ont fait parce que le processus était trop long, alors que 22 % affirmaient que leur situation personnelle ne leur permettait pas de répondre aux exigences de l’ordre — pour des raisons familiales et financières, notamment.

Malgré cela, pas moins de 53 % des immigrants se sont dits très ou plutôt satisfaits de leur situation professionnelle. En revanche, 43 % étaient plutôt ou très insatisfaits — il faut dire que 26 % des répondants ont dû trouver un emploi dans un autre domaine que le leur.

En entrevue avec La Presse canadienne, la présidente du CIQ, Gyslaine Desrosiers, s’est engagée à aborder ces conclusions avec les différents ordres professionnels, qui pourraient améliorer leur communication avec les immigrants potentiels intéressés à venir pratiquer au Québec.

« On va inviter les ordres à regarder de près l’information qui est disponible. C’est une information qui est sûrement exacte, mais elle est peut-être pas facile à comprendre pour quelqu’un qui est à l’étranger dans une réalité complètement différente », a-t-elle soutenu.

Un « choc de réalité »

Invitée à commenter le haut taux d’échec (54 %) dans les examens que doivent suivre les nouveaux arrivants, Mme Desrosiers signale toutefois qu’il n’y aura pas de compromis là-dessus.

« Si on l’exige des Québécois, on va faire la même chose pour la personne diplômée de l’étranger », a-t-elle tranché.

Elle y voit un « choc de réalité » des nouveaux arrivants, dont plusieurs ne faisaient pas partie d’un ordre professionnel dans leur pays d’origine.

« Peut-être qu’ils ont pensé qu’en arrivant ici, c’était juste de s’inscrire sur une liste, payer un permis, peut-être qu’ils n’ont pas réalisé qu’ils entraient dans des professions réglementées », a-t-elle expliqué.

Quant aux longs délais, Mme Desrosiers plaide que c’est moins le traitement des dossiers que l’accès à la formation qui retarde le processus. « Si par exemple, le complément de formation se fait juste une fois par année, et il vient juste d’avoir lieu, eh bien ce sera l’année prochaine », a-t-elle illustré.

La balle est dans le camp des universités et du gouvernement, selon elle. « Il y a un goulot d’étranglement là, c’est clair », a-t-elle conclu.

La parole aux immigrants

La maison de sondage a pu joindre 484 personnes qui ont effectué une demande de reconnaissance professionnelle auprès d’un ordre. La plupart des sondés (44 %) étaient des infirmiers ou infirmières avant d’arriver au Québec, mais on a jugé que l’échantillon était tout de même représentatif étant donné que les réponses des répondants de tous les parcours étaient comparables.

Comme il s’agit d’un sondage web, la marge d’erreur ne s’applique pas. Les experts en recherche et en méthodologie jugent qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.

Dans cet échantillon, près de la moitié des immigrants provenaient du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, ainsi que de l’Amérique du Sud ou centrale. Un répondant sur trois n’avait pas le français ou l’anglais comme langue maternelle.

L’enquête de Léger comportait également une portion qualitative, qui a permis de mieux comprendre les difficultés des immigrants.

Plusieurs d’entre eux sont désagréablement surpris lorsqu’ils arrivent au Québec, puisqu’ils disent ne pas avoir reçu d’information complète avant de quitter leur pays. « L’information à l’étranger est complètement déconnectée de la réalité », juge l’un d’entre eux.

« L’information était correcte, mais en arrivant, on ne nous a pas assez dit que c’est à nous de chercher », ajoute un autre.

D’autres ont témoigné du chemin tortueux qu’ils doivent parfois traverser pour travailler au Québec.

« Si tu es déjà un professionnel qualifié et que tu arrives ici pour recommencer à zéro […] et que tu as le fardeau de la famille en plus. Tu te fais à l’idée (que ça n’arrivera pas) », explique l’un d’entre eux, à propos de la difficile conciliation travail-famille.

« On t’amène ici pour te dire que t’es pas assez intelligent », a renchéri amèrement un autre.