(Ottawa) Le gouvernement Trudeau songe à modifier le Code canadien du travail pour forcer les employeurs sous juridiction fédérale à fournir gratuitement des produits menstruels à leurs employées.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Un avis d’intention sera publié demain dans la Gazette du Canada, ce qui laissera 60 jours aux acteurs concernés par la proposition ainsi qu’aux citoyens pour faire connaître leur avis sur la proposition.

Concrètement, rien ne sera instauré ou décidé avant l’élection d’octobre prochain. Si, après analyse, le gouvernement en place choisit de proposer un règlement, il faudrait compter entre 18 et 24 mois.

L’initiative est celle de la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail, Patty Hajdu.

«J’ai constaté qu’il y avait un mouvement à travers le monde pour accroître l’accès aux produits menstruels, et j’ai commencé à creuser pour voir ce que je pouvais faire dans mon portfolio pour faire quelque chose», relate-t-elle en entrevue à La Presse.

Et à son avis, il est plus que temps de bouger «si on veut parler d’un traitement réellement équitable pour les femmes en milieu de travail», car ces produits sont «essentiels pour la santé et la dignité des femmes».

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Patty Hajdu

En vertu de la partie II du Code canadien du travail, les secteurs et industries de compétence fédérale sont tenus de fournir aux employés du papier hygiénique, du savon et une façon de se sécher les mains, a-t-on précisé au bureau de la ministre.

On envisage donc ajouter les produits menstruels à cette liste en modifiant cette section du Code, lequel s’applique entre autres aux banques, aux aéroports, aux sociétés d’État et à la fonction publique fédérale.

Plus de 1,2 million d’employés, dont 480 000 femmes, sont actuellement visés par cette disposition.

La ministre Hajdu n’était pas en mesure de chiffrer le coût de l’implantation de la gratuité pour les tampons et serviettes sanitaires. Et elle sait que c’est là-dessus qu’elle risque de rencontrer une certaine résistance. «À cela, je réponds qu’il en coûte tout aussi cher d’acheter du papier de toilette, du savon à main, des urinoirs dans les toilettes des hommes alors qu’en fait ils ont une autre option», argue-t-elle à l’autre bout du fil.

Inconfort masculin

L’idée plaît aux élus libéraux, signale Mme Hajdu. «Je n’ai rencontré aucune résistance de ceux à qui j’ai parlé, sauf que chez les collègues masculins, les premiers moments de la discussion sont toujours un peu inconfortables», raconte-t-elle.

Toutes les femmes ont vécu une expérience «stressante et stigmatisante» de se retrouver sans produits menstruels au travail et de devoir faire le tour du bureau pour en dénicher, ou encore carrément rentrer à la maison, note la ministre.

Pour les hommes, cette situation est insaisissable, estime-t-elle. Et à la gent masculine, qui éprouve généralement une «aversion» à aborder le sujet des menstruations, Patty Hajdu offre candidement cet exemple.

«Je leur soumets le scénario où ils sont au travail, que le papier de toilette n’est pas fourni et qu’ils vont à la selle de manière imprévue, et que ce jour-là, ils ont oublié leur papier de toilette», raconte-t-elle.

«Ils doivent donc quitter leur cabine, aller quémander du papier de toilette, tenter d’en trouver quelque part ou devoir quitter le travail sans s’être essuyé le derrière… et je leur demande comment ils se sentiraient par rapport à cela», conclut la ministre.

En Colombie-Britannique, au mois d’avril dernier, le gouvernement Horgan a obligé son réseau d’écoles publiques à fournir gratuitement des produits menstruels dans les salles de bains.

Sur la scène fédérale, le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait mené bataille pour l’abolition de la TPS de 5% sur les produits menstruels. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper l’avait finalement éliminée en juillet 2015.

Québec avait rapidement emboîté le pas en annulant la TVQ, aussi en juillet 2015.