La menace du terrorisme plane sur l'aéroport de Montréal

Vue de l'aéroport Montréal-Trudeau, en novembre 2017... (PHoto Bernard brault, archives La Presse)

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Vue de l'aéroport Montréal-Trudeau, en novembre 2017

PHoto Bernard brault, archives La Presse

(OTTAWA) Le terrorisme et l'espionnage étranger constituent les deux principales menaces qui pèsent sur l'aéroport Montréal-Trudeau, indiquent des documents secrets du SCRS, qui soulignent que des véhicules peuvent s'approcher du terminal alors qu'il n'y a « aucune barricade ni aucun autre obstacle physique ».

Les documents du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), datés du 14 septembre 2017, constituent une réponse « à une demande d'évaluation des menaces qui pèsent sur l'aéroport ». La Presse les a obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Ces notes internes, lourdement caviardées, ne font état d'aucune nouvelle menace visant spécifiquement l'aérogare montréalaise. Le risque d'un attentat terroriste est le même depuis 2014 partout au pays, a indiqué dans un courriel Tahera Mufti, chef des affaires publiques du SCRS, sans commenter directement le cas de Montréal-Trudeau.

« Bien que je ne puisse pas parler de menaces spécifiques, le Canada n'est pas immunisé contre les menaces terroristes, et le degré de menace reste à "modéré", ce qui signifie que nos informations indiquent qu'un attentat terroriste violent pourrait survenir au pays », a-t-elle souligné.

BOMBES ARTISANALES

Dans les documents obtenus par La Presse, le SCRS rappelle que plusieurs groupes terroristes internationaux comme Al-Qaïda et le groupe État islamique « ont toujours l'intention de s'en prendre à l'aviation civile, y compris à des cibles canadiennes ». L'une des méthodes préconisées est la détonation de bombes artisanales à bord d'avions, précise-t-on.

Le SCRS fait valoir que les mesures de sécurité en place à Montréal-Trudeau « atténuent le risque que des terroristes se servent de bombes artisanales contre des avions ». Une bonne partie du document est toutefois illisible, notamment tous les passages sur l'espionnage et l'ingérence étrangère.

EMPLOYÉS RADICALISÉS

L'aéroport de Montréal, qui a accueilli environ 18 millions de passagers l'an dernier, s'est retrouvé sous le feu des projecteurs en mars dernier quand l'émission J.E. a révélé la présence d'employés montrant des signes de radicalisation. Philippe Rainville, PDG d'Aéroports de Montréal (ADM), l'organisme qui chapeaute les activités de l'aérogare, a dû répondre à une série de questions d'élus fédéraux à ce sujet en juin pendant une séance du Comité permanent des transports.

Si le reportage de J.E. a fait grand bruit, Anne Marcotte, directrice de la communication aéroportuaire chez ADM, assure que les mesures de sécurité en place étaient déjà suffisantes à l'époque, et qu'elles le demeurent aujourd'hui. La sécurité des voyageurs et des installations est une préoccupation « de tous les instants », dit-elle.

Les rencontres régulières entre les différents partenaires qui assurent la sécurité des lieux ne mettent pas au jour de menace « spécifique » pesant sur l'aérogare, ajoute-t-elle. « Mais à Montréal-Trudeau, comme dans tous les autres lieux publics avec une grande fréquentation, on se doit d'être vigilant, et c'est pour ça qu'on a une multitude de ressources qui sont en place pour y arriver. »

UNE VINGTAINE D'EXERCICES

Parmi les organismes qui assurent la sécurité à l'aéroport, on compte l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Transports Canada et la US Customs Border Protection (USCBP).

Tous ces intervenants font une vingtaine d'exercices de terrain et en salle chaque année, souligne la porte-parole. 

« À partir de ces exercices-là, on analyse ce qui s'est bien passé et ce qui s'est mal passé et on améliore nos mesures », laisse savoir Anne Marcotte, directrice de la communication aéroportuaire chez ADM.

Anne Marcotte souligne en outre que les menaces identifiées dans le document du SCRS, de nature assez générale, pourraient s'appliquer à n'importe quel autre grand aéroport du pays. L'absence de barrières ou d'obstacles physiques permettant à des véhicules de s'approcher du terminal constitue davantage la norme que l'exception à l'échelle internationale, ajoute-t-elle.

DOUANIERS NON ARMÉS

Sans se prononcer sur le travail des forces de sécurité présentes dans les aéroports canadiens, Jean-Pierre Fortin, président national du Syndicat des Douanes et de l'Immigration, déplore une lacune qu'il juge majeure : les douaniers n'ont pas le droit de porter leur arme.

Seulement à Montréal-Trudeau, de 60 à 80 douaniers - dûment formés au maniement d'armes - pourraient en tout temps agir en première ligne si un attentat survenait, avance M. Fortin. Il cite l'exemple de la tuerie qui a fauché cinq personnes à l'aéroport de Fort Lauderdale en janvier dernier. Or, soutient-il, le gouvernement fédéral s'est toujours fermement opposé à cette demande des douaniers.

« On est en 2018, cette menace-là existe, et pas juste en Europe ou aux États-Unis. C'est une menace mondiale et le fait d'être équipé pour y faire face montrerait seulement qu'on est responsables », affirme M. Fortin.

La question de l'armement visible est hautement délicate, note Phil Gurski, président de la firme de consultation en sécurité Borealis Threat & Risk Consulting, établie à Ottawa. Ce spécialiste en radicalisation et en terrorisme islamique a oeuvré pendant plus de 15 ans au SCRS.

« L'enjeu, c'est de déterminer ce que le public va accepter comme niveau de sécurité, a-t-il expliqué. Or, c'est quoi, un niveau acceptable ? Je ne pense pas que les gens veulent voir des soldats avec de grosses armes à feu au Canada. C'est toujours un équilibre entre avoir trop de sécurité et ne pas en avoir assez. Si on regarde les aéroports de Montréal, Toronto ou Vancouver, je dirais qu'ils ont un bon niveau de sécurité en général. Il y a la sécurité qu'on voit, mais il y a aussi ce qu'on ne voit pas derrière. »

M. Gurski rappelle que la menace terroriste plane toujours au pays, comme en témoigne le niveau d'alerte national inchangé depuis 2014. Il souligne par ailleurs que des attentats au véhicule-bélier peuvent se produire dans n'importe quel lieu achalandé, comme on l'a vu dans des rues piétonnes en France et en Espagne.

« NATURE DÉLICATE »

Chez Transports Canada, la porte-parole Julie Leroux souligne que la sécurité des Canadiens et celle des infrastructures de transport « sont les priorités absolues ». Elle a refusé de préciser si de nouvelles menaces avaient été mises au jour au cours de la dernière année à Montréal-Trudeau. « Étant donné la nature délicate de l'information, Transports Canada ne fournit pas de renseignements concernant les menaces et le risque changeants à des aéroports en particulier. »

- Avec William Leclerc

Rapport sur la menace terroriste au Canada

Niveau d'alerte « modéré »

  • Dans un rapport publié en décembre dernier, à quatre jours de Noël, le ministère de la Sécurité publique a dressé un portrait de la menace terroriste qui plane sur le Canada. Le niveau d'alerte est dit « modéré » depuis octobre 2014, ce qui signifie qu'on juge qu'une attaque pourrait survenir. Dans le préambule du rapport, le ministre Ralph Goodale rappelle quelques-uns des attentats perpétrés dans la dernière année au pays, dont la tuerie de la Grande Mosquée de Québec et l'attaque de piétons au véhicule-bélier à Edmonton. 

250 extrémistes

  • Le rapport souligne qu'il y a un peu plus de 190 extrémistes qui ont un lien avec le Canada à l'étranger et sont soupçonnés de prendre part à des activités terroristes. Ottawa a en outre identifié une soixantaine d'autres individus radicalisés qui sont de retour au Canada. Le document fait état d'une hausse dans le monde des attaques « simples, mais percutantes », perpétrées à l'aide de couteaux, de véhicules ou d'autres moyens rudimentaires. 

Canadiens radicalisés

  • Outre les menaces extérieures, le rapport mentionne le risque posé par des Canadiens qui « ne peuvent pas quitter le pays pour se joindre à des groupes dans des zones de conflit ». Il cite les exemples de Martin Couture-Rouleau et Michael Zehaf Bibeau, qui ont mené des attentats au Canada en octobre 2014. Le document met aussi en lumière la montée des actes terroristes commis par des sympathisants de l'extrême droite, comme la tuerie du Centre culturel islamique de Québec, qui a fait six morts et 19 blessés en janvier 2017.




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