Le retour de la LNH à Winnipeg est une bonne nouvelle pour Québec, estime son maire Régis Labeaume. «C'est même une excellente nouvelle», lance son attaché de presse, Paul-Christian Nolin.

Mis à jour le 21 mai 2011
Paul Journet LA PRESSE

André Richelieu, spécialiste du marketing sportif à l'Université Laval, croit qu'il a raison. On savait déjà que Winnipeg avait une longueur d'avance sur Québec, et il n'y a pas seulement une franchise de la LNH qui pourrait être vendue, observe le professeur. «De toute façon, la construction du nouvel amphithéâtre n'est pas commencée, ajoute-t-il. Québec n'est pas encore tout à fait prête. Ce qui est important de noter aujourd'hui, c'est que dans les années 90, les équipes canadiennes déménageaient au Sud de la frontière. Avec l'entente de Winnipeg, pour la première fois, le mouvement s'inverse. Et c'est en faveur d'un marché similaire à celui de Québec. Ça n'ouvre peut-être pas les écluses, mais ça ouvre certainement la porte.»

Pendant ce temps, le maire déplore que le dossier de l'amphithéâtre stagne à Québec. Son entente avec Quebecor pourrait être contestée en cour. Car elle serait illégale, selon Denis de Belleval, ancien directeur général de la Ville, et selon un avis du ministère des Affaires municipales. M.Labeaume demande maintenant aux élus de la province de retirer aux citoyens le droit de contester l'entente en justice.

Sans commenter ce dossier, M.Richelieu remarque que le commissaire de la LNH, Gary Bettman, manifeste une nouvelle ouverture depuis quelques mois. «Pendant longtemps, M.Bettman a consacré toutes ses ressources pour maintenir ses équipes en difficulté dans le sud des États-Unis. Mais en janvier dernier, il a affirmé qu'une franchise pourrait retourner dans un ancien marché, si les conditions y ont changé», rappelle-t-il.

Parmi ces nouvelles conditions: évidemment, la construction d'un nouvel amphithéâtre. Mais aussi la nouvelle organisation de la LNH, avec le plafond salarial et le partage des revenus, ainsi que la conjoncture économique qui favorise les villes canadiennes. Vers 1995-1996, lors du déménagement des Nordiques et des Jets, le dollar canadien valait environ 65 cents américains. Aujourd'hui, le huard dépasse le dollar américain, ce qui constitue un avantage considérable, car les joueurs sont payés en devises américaines.

Nouvelle approche

Le marketing sportif a aussi beaucoup évolué, note le spécialiste. «Selon un rapport de PriceWaterhouseCoopers, en 2001, le sport professionnel générait des revenus de marketing de 3 milliards. Une décennie plus tard, ces revenus ont bondi à 20 milliards. Pourquoi? Parce que l'approche a changé. On ne fait plus simplement du marketing pour des événements sportifs. On gère désormais une marque qui se décline en d'innombrables produits.»

Cette approche sied particulièrement quand l'équipe «ressemble à une religion». La communion peut se faire avec les ustensiles BBQ des Maple Leafs, les dessous féminins du Real Madrid ou le papier hygiénique à l'effigie des Yankees, vendu par les éternels rivaux, les Red Sox...

Ironiquement, les défunts Jets, les Coyotes de Phoenix, renaîtront-ils de leurs cendres à Québec? «D'autres possibilités s'offrent à Québec, répond M.Richelieu, c'est pour cela que l'entente évoquée à Winnipeg ne menace pas Québec. On pense aussi aux Panthers, aux Blue Jackets ou peut-être même aux Islanders, dont le projet d'amphithéâtre semble bâti sur des sables mouvants.»

Et celui de Québec? La prochaine période se jouera dans les prochains jours à l'Assemblée nationale.