L'électrification des trains de banlieue et des parcs d'autobus n'aura qu'un impact assez «minime» sur nos émissions de gaz à effet de serre (GES) si le Québec n'adopte pas des mesures sévères pour restreindre l'utilisation de l'automobile et favoriser celle des transports en commun.

Bruno Bisson LA PRESSE

Selon Claude Villeneuve, professeur au département des sciences fondamentales et responsable de la Chaire en écoconseil de l'Université du Québec à Chicoutimi, «une stratégie concertée pour la réduction des GES exige que l'on intervienne simultanément dans plusieurs domaines, comme l'aménagement urbain, la taxation et le stationnement».

Le gouvernement du Québec a résolu, en 2010, de réduire de 20% sous le niveau de 1990 les émissions de gaz à effet de serre du Québec, d'ici à 2020, dans le cadre de son plan d'action pour la lutte contre les changements climatiques. Comme ces émissions proviennent à 43% du secteur des transports, selon le dernier inventaire national des GES, toute stratégie de réduction des GES devra forcément tenir compte de la consommation énergétique des véhicules et de l'intensité de la circulation automobile.

Dans une telle stratégie, l'électrification des réseaux n'aura pas un impact décisif parce que les émissions des transports collectifs ne représentent qu'environ 1% des GES provenant des transports au Québec, selon le spécialiste, qui miserait davantage sur une amélioration importante des services.

À titre d'illustration, M. Villeneuve affirme que si l'on arrivait à diminuer de 100% les émissions de gaz à effet de serre des autobus urbains, on obtiendrait une baisse de 1% environ du bilan global des émissions québécoises dues au transport. En comparaison, si l'on double le nombre des autobus en circulation et qu'on réduit de 30% la circulation automobile, «on obtiendra un gain beaucoup plus important, même si les autobus roulent au charbon».

«Il n'y aura pas de gain substantiel si on n'augmente pas l'attractivité des transports en commun. Et pour augmenter leur attractivité, il n'y a pas 36 solutions. Il n'y en a qu'une seule. C'est de diminuer l'attractivité de l'automobile.»

Un changement culturel radical

Selon ce spécialiste en écoconseil, le train de mesures qui seraient nécessaires pour convaincre, ou pour forcer, un nombre significatif d'automobilistes à changer leurs habitudes de transport va exiger «un courage et une volonté politiques».

M. Villeneuve mentionne, parmi d'autres mesures, la tarification du stationnement dans les centres commerciaux, une forte hausse des prix de l'essence, des coûts d'immatriculation modulés en fonction du poids et de la consommation énergétique du véhicule (clause dite bonus-malus), des restrictions sur la publicité, et même une obligation faite aux constructeurs d'automobiles d'afficher leur production de gaz à effet de serre, comme les fabricants de tabac qui doivent afficher leur concentration de produits nocifs.

Pour Claude Villeneuve, «la conception que l'on se fait des transports, dans notre société, la place que l'automobile y occupe, la valorisation de l'individualisme et l'image de liberté qui s'y rattachent sont tellement puissantes qu'on a, finalement, une révolution culturelle à faire».

«Je ne dis pas cela pour être décourageant, s'empresse-t-il d'ajouter. Ce que je dis, c'est qu'il n'existe pas de solutions simples à un problème complexe. On ne peut pas agir sur un seul des facteurs de l'équation. Et le courage que cela va prendre pour agir sur tous les facteurs à la fois apparaît contre-culturel dans beaucoup de milieux politiques.»

L'électrification des transports en commun aurait quand même un effet bénéfique et durable sur le plan local, souligne-t-il, en diminuant la pollution atmosphérique. En ville, le passage des autobus conventionnels aux bus électriques diminuerait aussi la pollution par le bruit sur plusieurs grands axes de circulation.

«Il ne faut pas baisser les bras, assure Claude Villeneuve. Il faut rester optimiste, mais sur plusieurs décennies.»