« Mon père a été enterré vivant. J'ai voulu comprendre à m'en rendre malade ; on ne vit pas dans un pays du tiers-monde, nous sommes au Québec ! », s'indigne Karine Gallant Lévesque. Six ans plus tard, elle peine toujours à surmonter la mort de son père Gilles Lévesque, mort enseveli dans une tranchée non sécurisée par son patron.

Mis à jour le 10 juill. 2018
Louis-Samuel Perron LA PRESSE

Sylvain Fournier est devenu le premier entrepreneur au Québec reconnu coupable de l'homicide involontaire de son employé en mars dernier. Gilles Lévesque est mort enseveli au fond d'une tranchée par un tas de gravier posé trop près du bord dans l'arrondissement de Lachine, le 3 avril 2012. Son employeur n'avait pas sécurisé les parois du trou par un étançonnement, comme l'exige la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

La Couronne a réclamé hier une peine de trois ans et demi de pénitencier pour Sylvain Fournier en raison de sa « responsabilité totale » dans la mort de son ouvrier de 55 ans. La procureure Me Sarah Laporte n'a trouvé qu'une seule jurisprudence similaire en Ontario. La défense a demandé au juge une peine de 90 jours de prison à purger de façon discontinue, assortie d'une probation de 3 ans et de 240 heures de travaux communautaires.

Gilles Lévesque était un homme « honnête, responsable et fiable », a confié sa fille aînée dans une lettre lue à la cour par l'enquêteuse. « Mon père, c'était un homme bon, un Gaspésien avec du coeur à l'ouvrage. Il respirait la joie de vivre et était toujours présent pour sa famille et ses amis », dépeint Karine Gallant Lévesque.

Quelques jours avant de trouver la mort, Gilles Lévesque était « fier comme un paon » d'annoncer à sa fille qu'il venait de s'inscrire à un cours pour obtenir ses cartes de compétence en construction. Il travaillait depuis des années pour Sylvain Fournier sans détenir ses cartes obligatoires.

« Il m'a appris que ça faisait deux fois qu'il se retrouvait à moitié enseveli jusqu'aux genoux, l'année précédente. C'était rendu trop dangereux », explique-t-elle dans sa lettre.

CHOC POST-TRAUMATIQUE

Cette mort brutale a bouleversé la vie de Karine Gallant Lévesque. Souffrant d'un choc post-traumatique, elle a mis une croix sur son métier d'éducatrice en garderie. « Trois ans de thérapie pour réapprendre à vivre, des cauchemars qui n'arrêteront jamais de me hanter, même réveillée. Des crises d'angoisse, crises d'anxiété sévère, tremblements, vomissements, trouble de la concentration », énumère la mère de deux enfants.

Depuis la mort de son père, Karine Gallant Lévesque se lève à 5 h pour reconduire sa mère au travail à l'autre bout de la ville, comme le faisait son père auparavant. « La seule fierté qui lui reste, c'est de travailler », conclut-elle.

Trois proches de Sylvain Fournier ont également témoigné, dont sa mère et sa soeur. Celle-ci a décrit un homme au « grand coeur » toujours prêt à aider les autres, dont ses anciens employés. « Ce qui le garde en vie, c'est son fils », confie-t-elle. « Son père, c'est son repère et son ancrage », ajoute-t-elle.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

L'ex-entrepreneur Sylvain Fournier, reconnu coupable d'homicide involontaire en mars dernier, était présent au palais de justice de Montréal, hier.