Comment relancer des superprocès qui ont de l'eau dans le gaz? Mettez de l'eau dans le vin. C'est ce que policiers, procureurs de la Couronne et avocats de la défense ont démontré hier, à l'issue de huit mois d'intenses négociations au cours desquelles on a parfois joué des coudes et grincé des dents.

Daniel Renaud LA PRESSE

La majorité des principaux accusés contre lesquels il existait une preuve directe dans des meurtres et tentatives de meurtre commis durant la guerre des motards ont reconnu leur culpabilité au cours de cette journée folle et charnière dans ces procédures qui s'étirent depuis quatre ans. Il est certain que parvenir à condamner un accusé à 25 ans de prison pour un complot de meurtre, ce n'est pas comme le condamner pour meurtre. Et cet allègement déçoit plusieurs policiers. «On leur a donné des bonbons. Avec la preuve qu'on avait, on aurait dû aller à procès», nous a-t-on dit.

«Je suis plutôt de ceux qui croient que c'est difficile d'avoir 100% dans un bulletin, et qu'une note de 80%, c'est quand même très bien», nous a confié un autre.

Chez les policiers, la réaction au coup d'éclat d'hier et à l'expérience des superprocès SharQc est mitigée, d'autant plus qu'ils doivent maintenant vivre avec un jugement donnant aux avocats de la défense un accès contrôlé à leurs banques de données. Il est frustrant pour eux de voir certains accusés s'en tirer ainsi. En revanche, ils se consolent en pensant que la quasi-totalité des Hells Angels du Québec sont sous les verrous depuis quatre ans, que plusieurs d'entre eux resteront en prison encore longtemps, que l'organisation est amochée et que plusieurs ont déjà manifesté l'intention de la quitter, comme d'anciens Nomads condamnés dans Printemps 2001.

Pendant que la représentante de l'Association des avocats de la défense, Me Danièle Roy, se disait satisfaite, il en allait autrement chez la redoutable procureure de la Couronne Me Madeleine Giauque. Par contre, elle ressemblait à celle qui a fait quelques concessions pour mieux ressortir les griffes. Depuis le début de cette vaste affaire, les juges de la Cour supérieure semblent un brin contrariés par toute cette théorie du bateau pirate et ses 156 accusés. Ils seront peut-être plus conciliants avec 51 accusés.

Même si les superprocès ne sont pas terminés, depuis hier, on peut déjà en dresser le bilan. Finalement, ce sera peut-être un match nul où tout le monde aura reçu des coups et en aura donné. Le plus ironique dans tout ça, c'est que les membres les plus influents des Hells Angels actuellement en liberté qui défendent les intérêts de leurs «frères» emprisonnés et leur fournissent même les moyens de se défendre sont, selon nos sources, d'anciens Rock Machine qui s'appellent Salvatore Cazzetta, Gilles Lambert, André Sauvageau et autres, ceux-là mêmes que l'on a voulu annihiler dans un conflit qui a fait 160 morts.

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