Le père condamné pour avoir interdit à sa fille de 8 ans de se lever de table pendant 13 heures parce qu'elle refusait de manger ses choux de Bruxelles a été suspendu de son emploi de professeur, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Le titulaire d'une maîtrise en psychoéducation âgé de 42 ans, que nous ne pouvons nommer pour protéger l'identité de sa fille, formait jusqu'à récemment les futurs techniciens en éducation spécialisée dans un important établissement francophone de la capitale fédérale.

Une nuit de janvier 2016, la fillette a passé plusieurs heures dans son urine, a souffert d'hypothermie et se faisait réveiller quand elle s'endormait dans sa chaise. Elle a finalement vomi ce qu'elle avait accepté d'avaler vers 8 h du matin, à l'issue d'une guerre des nerfs qui constituait de la « cruauté », selon la justice.

Alors qu'il était toujours au travail à la mi-juin, au moment où l'histoire a été dévoilée, six mois après sa condamnation et neuf mois après son plaidoyer de culpabilité, l'homme n'est plus en service pour le moment.

« L'employé en question a été suspendu », a indiqué cette semaine la porte-parole de l'établissement dans un courriel.

L'école a ajouté qu'« une enquête administrative formelle est en cours ». Impossible toutefois de savoir si cette enquête porte sur son comportement au travail ou sur le fond de l'affaire. « Ce dossier étant relié à un employé, nous ne partagerons aucune autre information avec les médias. »

L'avocat du père n'a pas rappelé La Presse.

Le professeur n'avait pas lui-même dévoilé sa condamnation criminelle à son employeur. « Nous avons pris connaissance de cette situation en lisant votre article ce matin », indiquait à la mi-juin le Collège.

« CORDONNIER MAL CHAUSSÉ »

Le juge Jean-François Gosselin de la Cour du Québec avait condamné l'homme à quatre mois de prison à purger dans la collectivité. Dans sa décision, le magistrat notait que le professeur demandait une absolution conditionnelle parce que « le fait d'hériter d'un casier judiciaire serait susceptible de lui faire perdre son emploi ».

Mais « l'octroi d'une absolution, même conditionnelle, heurterait ici l'intérêt public. Cela banaliserait l'infraction commise », avait tranché le juge Gosselin.

Le magistrat avait lui-même souligné la contradiction évidente entre l'infraction criminelle commise par l'accusé et sa responsabilité de former les professionnels qui devront prendre en charge des enfants vivant des difficultés.

« Il ne s'agit pas ici du parent limité ou démuni qui se méprend sur la nature ou la portée de ce qui constitue des méthodes éducatives acceptables », a-t-il écrit. Non seulement « connaît-il les règles de l'art en la matière, mais il les enseigne ». Le juge l'a aussi qualifié de « cordonnier mal chaussé ».

Il y a deux semaines, la mère de la fillette aurait réagi à la situation dans un billet mis en ligne sur un blogue destiné aux parents. La Presse n'a pas pu en authentifier l'origine.

« Malgré tout ce que mes filles ont vécu cette nuit-là, leur père sera toujours leur père, qu'on le veuille ou non, fait valoir le texte. Ceux qui souhaitent du mal au père de mes filles n'ont pas pensé que s'il souffre, qu'il perd son emploi, qu'il est insulté ou jugé sur la place publique, ça ne fait qu'abîmer mes filles par ricochet. »

Le message se termine en précisant que la fillette « va bien ». « Ce n'est pas nécessaire de réouvrir la plaie par soif de justice. »