La commission d'enquête sur les Autochtones s'entame à Montréal

Sedalia Fazio a témoigné aujourd'hui aux côtés du président... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Sedalia Fazio a témoigné aujourd'hui aux côtés du président de la commission, le juge à la retraite de la Cour supérieure Jacques Viens.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Un Inuit s'est retrouvé avec trois côtes et un genou fracturés après avoir été arrêté par la police. Un autre a passé des mois dans le plâtre. Une maman mohawk a changé d'urgence ses enfants d'école parce qu'ils étaient intimidés. La Commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec s'est ouverte avec des témoignages embarrassants, lundi à Montréal.

« C'est peut-être difficile pour vous d'entendre cette vérité, mais c'est notre vérité. » Sedalia Kawennotas Fazio, 62 ans, originaire de la communauté mohawk de Kahnawake, a donné le ton.

La mère de famille, deux fois grand-mère, étaient invitée à ouvrir par une prière traditionnelle le séjour montréalais de la Commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec, créée à la fin de 2016 à Val-d'Or et qui entamait sa quatorzième semaine d'audiences publiques, sa première dans la métropole.

La voix parfois tremblante de colère, parfois lourde de découragement, parfois serrée par la peine, elle a parlé de la « douleur de [son] peuple ».

Elle a affirmé que son fils avait été battu par des policiers à l'âge de 13 ans alors qu'il avait commis un petit larcin.

« Il avait fait quelque chose de mal, c'est vrai, mais il ne méritait pas de se faire battre. Il y avait des traces de semelles sur son crâne », a raconté Sedalia Kawennotas Fazio.

L'adolescent portait un manteau aux couleurs des Warriors. Le spectre de la crise d'Oka était encore vif. « Les policiers se sont jetés sur lui. »

Quelques années plus tôt, elle avait changé d'urgence ses enfants d'école. Sa fille s'est mise à pleurer chaque matin avant de quitter la maison. « Elle adorait l'école. C'était une bonne élève et tout d'un coup, elle ne voulait plus y aller. »

La mère a découvert que les enfants, l'une en cinquième année et l'autre en maternelle, étaient ostracisés par les autres. Ces derniers ne leur parlaient pas, ne jouaient pas avec eux et les forçaient à s'asseoir au fond de l'autobus scolaire. « Ils ne nous aiment pas parce qu'on est indiens », avait confié la fillette.

« Quand j'ai confronté la directrice, elle a nié. Il a fallu que la professeure de ma fille dise que c'était vrai. »

« UN STATUT D'IMMIGRANT ! »

Lorsque la maman a annoncé qu'elle changeait les enfants d'école pour les envoyer de l'autre côté de la rue, dans un établissement anglophone, la directrice aurait répondu : « Vous n'avez aucun droit de les envoyer en anglais. Vous avez un statut d'immigrant ici. »

Toutes ces années plus tard, Sedalia n'a pas encore digéré la phrase. « Un statut d'immigrant ! Ça montre à quel point les gens ne connaissent pas leur histoire. Notre histoire. » 

La sexagénaire a offert un vibrant plaidoyer en faveur d'une meilleure éducation afin que son peuple « n'ait plus à avoir peur de ce qui peut lui arriver ».

« Il faut apprendre aux enfants la vraie histoire du premier peuple de cette terre. Avez-vous appris l'histoire des pensionnats à l'école ? Avez-vous appris l'histoire de la rafle des années 60, alors que des bébés ont été volés à leurs familles ? 

« Quelqu'un doit faire quelque chose pour protéger nos enfants et nos petits-enfants. J'ai deux petits-fils et je veux qu'ils puissent grandir en étant fiers de qui ils sont. »

FRACTURES

Pour sa première journée à Montréal, la commission présidée par le juge retraité Jacques Viens a aussi entendu les histoires de deux Inuits qui ont relaté des épisodes de violence policière. 

Etuk Kasulluak, du village nordique de Puvirnituq, au Nunavik, est venu raconter, parfois en anglais, parfois en langue inuktitute, comment deux policiers lui ont brisé trois côtes et fissuré un os du genou en l'arrêtant chez lui, l'an dernier. Il n'avait pas respecté ses conditions, lesquelles l'empêchaient de consommer de l'alcool. Il était chez ses parents avec son frère et un cousin, et ils buvaient de la bière lorsqu'on a frappé à la porte.

« C'était des policiers. Ils m'ont dit qu'ils m'arrêtaient. Ils m'ont poussé en bas des escaliers. J'ai déboulé 11 ou 12 marches. En bas, ils ont sauté sur ma jambe. J'avais mal », a dit Etuk Kasulluak.

Il a été menotté et amené au poste, où il a passé la nuit sans arriver à dormir. Ses demandes d'aller à l'hôpital sont restées vaines.

Etuk Kasulluak a été relâché le lendemain. Il est rentré chez lui et s'est bourré d'analgésiques. Environ une semaine plus tard, en pleine nuit, il est allé voir un médecin. Des radiographies ont révélé trois côtes fracturées et un os du genou craqué. Le médecin lui a prescrit trois semaines de morphine.

Visiblement nerveux, l'homme n'a pas nié ses démêlés avec la justice. Il souffre d'un problème d'alcool et il a violé ses conditions quelque 80 fois. Il purge actuellement une peine de prison pour cette raison.

Le poste de police de Puvirnituq, il connaît. Il y a mis en lumière une pratique qui, si elle est avérée, est particulièrement dégradante. Selon lui, il arriverait parfois que les policiers, tous des hommes, forcent un détenu à se déshabiller complètement avant de le mettre en cellule, sans couverture pour se couvrir. Ça lui est arrivé une fois. Il a passé la nuit nu comme un ver. C'est aussi arrivé à sa copine. « Je sais que ça arrive à d'autres, des femmes aussi. »

DES MOIS DANS LE PLÂTRE

Daniel Dufresne, de Kuujjuaq, a lui aussi dénoncé la manière dont il a été traité par le Corps de police régional Kativik, qui patrouille au Nunavik.

L'homme dans la vingtaine a eu un coude fracturé après avoir été arrêté derrière un bar lors d'une bataille. Lorsque la police est intervenue, il a résisté, admet-il, en se tortillant entre les mains des agents. « Ils m'ont couché par terre et je n'ai plus bougé », plaide-t-il.

Un des policiers lui a monté le bras si haut dans le dos avant de le menotter qu'une portion de plusieurs millimètres de l'os du coude s'est complètement détachée du reste. Son bras était tellement enflé qu'il a fallu 15 minutes pour lui enlever la menotte, dont il garde une cicatrice. Il a passé des mois dans le plâtre du poignet à l'épaule.

La Commission en bref

CE QUE C'EST

La Commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec, présidée par le juge à la retraite Jacques Viens, a été mise en place par le gouvernement du Québec en décembre 2016, notamment dans la foulée d'allégations d'abus policiers par des femmes de la région de Val-d'Or. Sa mission est de mettre en lumière les situations de violence et les pratiques discriminatoires contre les autochtones dans six services publics : 

  • les services policiers ;
  • les services correctionnels ;
  • les services de justice ;
  • les services de santé ;
  • les services sociaux ;
  • les services de protection de la jeunesse.

À NE PAS CONFONDRE 

La commission d'enquête sur les services publics est provinciale. À ne pas confondre avec une autre commission d'enquête touchant les autochtones, l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Celle-ci est fédérale et son mandat est « d'examiner les causes systémiques de toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles autochtones ».

QUELQUES CHIFFRES

131: Nombre de témoins qui ont été entendus en 2017

281: Nombre de dossiers d'enquête, pouvant mener à des témoignages, qui ont été ouverts en 2017

4: Nombre de semaines que la Commission passera à Montréal. La Commission en est à sa 14e semaine de travaux.




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