Le complotiste et admirateur du tueur de la mosquée de Québec Pierre Dion a été condamné à 30 jours de prison jeudi pour avoir menacé de faire « pendre » le premier ministre François Legault dans une vidéo sur les réseaux sociaux. Le juge a dénoncé le « fléau » des menaces en ligne depuis la pandémie.

Publié le 23 juin
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« L’accusé profite de la diffusion de son droit de parole pour sévir sur les réseaux sociaux en proférant des menaces, un mal qui hante internet de plus en plus. Ce type de comportement, que la pandémie a accentué, risque de devenir un fléau et atteindre les fondements de notre démocratie », a soutenu le juge Sylvain Lépine jeudi matin au palais de justice de Saint-Jérôme.

« Visiblement en colère, hargneux et rempli de haine », Pierre Dion a vociféré sa rage contre les mesures sanitaires pour la COVID-19 dans une vidéo de 44 minutes diffusée sur les réseaux sociaux à l’automne 2020. Dans cette vidéo, le complotiste de 52 ans menace de mort le premier ministre François Legault.

« Tu vas payer un jour […] je vais être le premier assis en avant pour dire yé. S’il faut le pendre, on va le pendre. […] C’est de même des traites […] Pis je vais cracher sur ta tombe, si t’en a une », a fulminé Pierre Dion.

Le juge Lépine n’a retenu aucun facteur atténuant en faveur de l’accusé. Parmi les facteurs aggravants, le juge relève la violence de ses paroles, le fait qu’une personne élue démocratiquement était visée, ainsi que ses nombreux antécédents judiciaires, dont pour menaces de mort et incitation publique à la haine.

La défense suggérait d’imposer une simple amende de 500 $ à Pierre Dion. Une suggestion rejetée par le juge, qui écorche au passage l’avocat de la défense, MStephan Beaudin. Dans son « réquisitoire », MBeaudin a « dénoncé les actions du gouvernement et mis en doute l’existence de la pandémie ».

Photo Alain Roberge, LA PRESSE

Pierre Dion au palais de justice de Saint-Jérôme.

Pendant le procès, MBeaudin a plaidé que Denis Lortie n’avait tué personne à l’Assemblée nationale en 1984, allant même jusqu’à le décrire comme un « dissident politique ». Or, Denis Lortie a tué trois personnes et blessé 13 autres. « Une tentative de déformer la vérité », selon le juge. « Malade », le criminaliste n’était pas présent lors de l’audience.

Le juge a donc suivi la suggestion du procureur de la Couronne, MJulien Gaudet-Lachapelle, en imposant à Pierre Dion une peine de 30 jours de prison à purger la fin de semaine. Pendant trois ans, il sera interdit au complotiste de communiquer avec tout élu de l’Assemblée nationale et de faire « quelque commentaire que ce soit » en ligne sur un élu québécois.

« Elle est où la justice au Québec en 2022 ! » s’est insurgé Pierre Dion. Le complotiste a ensuite poursuivi sa diatribe contre les mesures sanitaires, évoquant « la vérité » sur la pandémie et réclamant des « excuses » de la justice québécoise.

« On continue la destruction du Québec en brisant ma liberté d’expression. Wow ! », s’est plaint Pierre Dion.

En juin 2019, Pierre Dion a été condamné à 30 jours de prison pour avoir incité à la haine envers les musulmans dans une vidéo faisant l’éloge du tueur Alexandre Bissonnette. La peine a toutefois été jugée trop sévère en appel. Il a ainsi écopé de 100 heures de travaux communautaires et de conditions à respecter.

Or, Pierre Dion aurait préféré purger sa peine de prison que de verser 1500 $ à un organisme de charité œuvrant auprès des musulmans et de faire ses travaux communautaires. « Moi, je ne travaillerais jamais gratuit dans la société ! », s’est targué le complotiste. Il fait maintenant face à des accusations de bris, dont le procès est prévu en octobre prochain.

L’audience s’est conclue sur une déclaration inquiétante de Pierre Dion. « Attention à vous en fin de semaine en prison, M. le juge », a lancé le criminel, en sortant de la salle d’audience.