Inquiète face à la prolifération des violences avec armes à feu, en particulier à Montréal et à Laval, la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, a demandé jeudi aux principaux corps de police de la province quels étaient leurs besoins et quelle serait leur stratégie pour lutter contre ce phénomène, alors que les policiers appréhendent un été chaud. « C’est simple, qu’on laisse les policiers travailler », nous a dit, en guise de réponse, un ancien officier de haut rang très au fait de la situation.

Publié le 13 mai
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

« Tout ce qu’on peut faire est fait actuellement. Québec a mis beaucoup d’argent dans la lutte contre les armes à feu, la collaboration entre corps de police est là. Pour le reste, on tombe dans les lois », a renchéri un officier supérieur d’un autre corps de police majeur.

Au moment où Ottawa examine le projet de loi C-5 sur l’abrogation des peines minimales obligatoires pour possession d’une arme à feu pour certaines infractions, les directeurs des principaux corps de police aux prises presque chaque jour avec des violences avec armes à feu s’y opposent.

De plus, à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels, commencent à dire certains policiers, qui demandent plus de pouvoirs afin qu’ils puissent effectuer des interpellations sans que celles-ci soient dictées par des politiques d’encadrement.

« Il faudrait faire plus d’interpellations et de fouilles, et agir sur chaque délit », nous a dit un haut responsable de l’un des plus importants corps de police du Québec.

À Laval, les patrouilleurs, les enquêteurs de la Division du crime organisé et les membres de l’escouade Équinoxe connaissent bien les « sujets » gangs de rue sur leur territoire ; même chose pour les patrouilleurs, les enquêteurs stupéfiants et ceux des équipes multisectorielles dédiées aux armes à feu (EMAF) et les membres de l’escouade Éclipse à Montréal. Ils ont donc déjà les capacités d’enquêter, d’effectuer rapidement des arrestations et de sortir des armes à feu de la rue.

En septembre dernier, le gouvernement Legault a annoncé une somme de 90 millions en lançant la stratégie principale Centaure, qui empêche les différents corps de police et escouades concernés de se marcher sur les pieds, et qui leur permet de mieux collaborer et de lutter plus efficacement contre les armes à feu.

La Presse a appris que, peu après cette annonce, l’ancien directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, avait demandé pour ce corps de police des dizaines de millions de dollars au gouvernement afin de doubler le nombre d’enquêteurs dans les EMAF, d’ajouter des ressources en matière de filature et d’écoute électronique et d’embaucher des civils pour offrir de meilleurs services communautaires dans les quartiers les plus touchés.

Mais cette demande est restée lettre morte.

La main tendue jeudi par la ministre Geneviève Guilbault offre peut-être à la directrice par intérim du SPVM, Sophie Roy, une belle occasion de la renouveler.

Mme Guilbault est en effet censée rencontrer ce vendredi les chefs des quatre principaux corps de police de la province, la Sûreté du Québec, le SPVM, le Service de police de Laval et le Service de police de l’agglomération de Longueuil.

Crime désorganisé

Selon le SPVM, on a enregistré à Montréal 62 évènements violents comme des meurtres et tentatives de meurtre avec armes à feu ou des coups de feu durant les quatre premiers mois de 2022. Cela représente en moyenne un évènement tous les deux jours.

À Laval aussi, on a enregistré de nombreux évènements de violence avec arme à feu depuis le début de l’année.

Plusieurs de ces évènements ont comme toile de fond des conflits entre gangs régulièrement exacerbés par des défis ou injures que des adversaires impulsifs se lancent sur les réseaux sociaux.

À Laval, les Flameheads, alliés des 24 Gang, sont en guerre contre les Chomedey 45. Ce conflit serait à l’origine d’une tentative de meurtre en plein jour, dans un quartier résidentiel, sous les yeux de deux petites filles paniquées, mardi dernier.

Dans le nord-est de Montréal, ce sont les Zone 43 qui ont maille à partir avec les Profit Boyz, mais un autre groupe, les STL, y fait aussi des siennes.

Certains membres des groupes de Montréal habitent à Laval, et vice versa, de sorte que les conflits se déplacent d’une grande ville à l’autre.

Ajoutez à cela des armes facilement accessibles, achetées avec l’argent du crime et de la fraude, et mises dans les mains d’individus parfois très jeunes et sans grande considération pour la vie humaine, et vous obtenez un cocktail explosif.

Au travers de ces conflits entre gangs surviennent des règlements de comptes sporadiques ayant le crime organisé de plus haut niveau comme trame de fond, tel le meurtre de Sébastien Giroux, commis à Montréal mercredi.

Mais alors qu’à une certaine époque, les organisations criminelles avaient leurs propres tueurs à gages, elles font maintenant appel à des contractuels, souvent issus des gangs de rue, qui n’hésitent pas à faire feu devant témoins et à courir des risques pour remplir leur contrat et obtenir leur prime.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.