Après qu’un jeune homme a été atteint par balle dans une bibliothèque de Laval lundi soir, le maire Stéphane Boyer s’est dit préoccupé qu’un tel évènement survienne dans un lieu public. Tant les habitués de l’endroit que le président du syndicat des employés sont sous le choc.

Publié le 7 déc. 2021
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

« C’est une situation qui est inacceptable, a affirmé Stéphane Boyer devant la bibliothèque Philippe-Panneton à Laval-Ouest, mardi matin. C’est assez préoccupant, que non seulement ce genre d’évènements ait lieu sur notre territoire, mais aussi dans un lieu public où il y avait des citoyens et des employés qui travaillaient. » Malgré les évènements récents, le maire a répété que les villes de Laval et de Montréal « restent sécuritaires ». « On va voir ce qu’on peut faire de plus, s’il y a des façons de faire avec le milieu scolaire ou le milieu communautaire qu’on peut améliorer », a-t-il soutenu.

Rappelons qu’à 19 h 13 lundi, des coups de feu ont été tirés à la bibliothèque Philippe-Panneton. À l’intérieur, un homme de 18 ans connu des milieux policiers a été atteint au bas du corps. Il a ensuite été transporté à l’hôpital dans un état où l’on ne craignait pas pour sa vie, a indiqué Stéphanie Beshara, porte-parole du Service de police de Laval. Au passage de La Presse à la bibliothèque, une chaussette et des livres étaient étalés sur le sol.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Au passage de La Presse à la bibliothèque, une chaussette et des livres étaient étalés sur le sol.

Selon nos informations, la victime serait liée au Chomedey 45, gang présent dans le quartier du même nom. Le tireur, qui se trouvait à l’extérieur de la bibliothèque, a pris la fuite. Il n’y a eu aucune arrestation pour le moment. Toujours d’après nos informations, l’événement de lundi soir pourrait avoir un lien avec une tentative d’enlèvement armée survenue il y a près de trois semaines à l’école secondaire Curé-Antoine-Labelle de Laval.

« Entré en criant »

Le jeune homme de 18 ans serait « entré en criant » dans la bibliothèque « en voulant se cacher », raconte Richard Nadon, président du Syndicat des employés de bureau en service technique et professionnel de Laval. Les coups de feu auraient été tirés par la suite, alors que cinq employés et quelques usagers étaient présents, affirme-t-il. « Les gens ont été plus en réaction après, quand ils ont vu les trous de balle, poursuit le président du syndicat. C’était au-dessus du comptoir du service. »

Mardi, le personnel a été rencontré par les services psychologiques, la Ville, ainsi que les policiers, assure M. Nadon. Un tel évènement dans une bibliothèque est « absurde », puisqu’il s’agit d’un lieu « de paix et de savoir », fait-il valoir.

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Le maire de Laval, Stéphane Boyer (à gauche), discute avec un policier devant la bibliothèque.

Étant donné qu’il s’agit d’un évènement isolé, « nous continuons de considérer que les bibliothèques publiques sont des lieux sécuritaires et accueillants ouverts à l’ensemble de la population », a écrit Eve Lagacé, directrice générale de l’Association des bibliothèques publiques du Québec, lors d’un échange de courriels avec La Presse.

« Des actes bien ciblés »

Pierre Fortier, résidant du quartier, a confié à La Presse être consterné qu’un tel évènement survienne à cette bibliothèque. « Il y a une belle section [jeunesse] et il y a toujours des enfants », dit-il. Il trouve cette violence inquiétante. « [Mais] ce sont des actes bien ciblés, il ne faut pas s’inquiéter outre mesure », conclut M. Fortier.

Une voisine, Carolle Belanger, raconte être passée à la bibliothèque peu avant l’évènement et avoir tourné les talons en pensant que l’endroit était fermé. « J’ai eu de la protection », souffle-t-elle. « Ça m’a attristée beaucoup de savoir cela, poursuit la résidante. Ça doit être un choc pour les employés. Ce n’est pas rien, une balle. »

Pas nouvelle, la violence dans les lieux publics

La violence commise par les gangs de rue dans les lieux publics ne « date pas d’hier », rappelle Maria Mourani, criminologue et présidente de la firme Mourani-Criminologie, sans commenter de cas précis. Des évènements ont eu lieu dans des restaurants, des bars et des centres commerciaux, énumère-t-elle. « Mais dans une bibliothèque, ça, je ne l’avais jamais encore vu », souligne-t-elle. Si certains territoires sont liés aux gangs de rue, les membres vont se rendre où leur cible se trouve, explique-t-elle.

En ce qui concerne la prévention de ce type de violence, il est important d’intervenir à l’école et sur l’internet, des lieux où l’on peut rejoindre les jeunes « facilement, rapidement et massivement », fait valoir Mme Mourani.

Avec Alice Girard-Bossé, Daniel Renaud et Mayssa Ferah, La Presse