(Québec) Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) s’intéresse à la vidéo d’une troisième intervention survenue sur son territoire et qui met en scène un policier suspendu mardi pour son rôle dans l’arrestation du jeune Pacifique Niyokwizera.

Publié le 1er déc. 2021
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« Veux-tu que je te gaze, mon osti ? » Ces mots, ce sont ceux d’un policier de Québec, prononcés juste avant qu’il ne projette violemment un homme contre une voiture de police.

La vidéo de cette scène – qui offre très peu de contexte – a été abondamment diffusée sur les réseaux sociaux. L’évènement semble dater de quelques semaines, puisqu’il y a des feuilles aux arbres. Mais elle a ressurgi dans la foulée des controverses qui frappent le service de police de la capitale.

« Elle a été acheminée à nos normes professionnelles. On la gère individuellement des deux autres », a indiqué une porte-parole du SPVQ, Marie-Pier Rivard.

« À savoir s’il va y avoir une enquête interne, elle n’est pas déclarée officiellement, mais la vidéo a été acheminée. Elle est en vérification », a-t-elle ajouté.

Le SPVQ mène déjà deux enquêtes internes sur des arrestations violentes survenues à quelques heures d’intervalle sur son territoire vendredi soir dernier. Il y a celle de deux adolescents devant le bar Dagobert, puis celle d’un homme qui mangeait au restaurant Portofino.

Le SPVQ a annoncé mardi la suspension avec salaire de cinq policiers concernant l’arrestation du Dagobert. Mais trois des cinq agents avaient aussi été impliqués dans l’incident du Portofino. Tous ces policiers font partie de l’escouade GRIPP, affectée à la surveillance des bars.

La police de Québec confirme que le policier qui brandit son gaz poivre dans la nouvelle vidéo fait partie des cinq policiers suspendus. Le SPVQ refuse cependant de dire s’il a aussi participé à l’intervention du Portofino.

La vice-première ministre a décidé de « réserver ses commentaires » sur la nouvelle vidéo. « Mais c’est sûr que ça fait trois en quatre, cinq jours. Donc, je maintiens mes deux enquêtes du commissaire sur les deux premières, mais je vais voir ce qu’il en est de la troisième, des liens potentiels entre les trois », a dit Geneviève Guilbault.

Nouvelle vidéo au Portofino

La ministre Guilbault a déjà demandé mercredi que le Commissaire à la déontologie policière enquête sur les évènements du Dagobert et du Portofino.

« On a vu seulement un fragment de l’intervention. On a besoin d’avoir l’entièreté des informations qui entourent l’intervention pour pouvoir tirer des conclusions », a affirmé Mme Guilbault à l’entrée de la séance du Conseil des ministres.

Une nouvelle vidéo qui provient des caméras de surveillance du Portofino, à Sainte-Foy, permet toutefois de mieux comprendre les moments qui précèdent l’arrestation violente de Jean-Philippe St-Laurent.

Selon nos informations, un ami de M. St-Laurent qui était sous probation ne pouvait se trouver dans un bar. Les policiers auraient voulu l’arrêter. M. St-Laurent aurait alors fait valoir qu’il s’agissait d’un restaurant. La conversation a vite dégénéré, et M. St-Laurent a été projeté au sol et roué de coups.

Mme Guilbault a défendu sa décision de s’en remettre au Commissaire à la déontologie policière, plutôt qu’au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

« Le BEI a pour mandat d’enquêter sur d’éventuelles allégations criminelles qui concerneraient l’action de policiers, dit-elle. Ce n’est pas le cas actuellement. C’est davantage une analyse qui doit se faire d’un point de vue déontologique et éthique. »

Marchand soutient le chef de police

Le maire de Québec a par ailleurs réitéré mardi sa confiance envers son chef de police, Denis Turcotte.

« Je fais totalement confiance au chef de police. Ses actions jusqu’à maintenant sont les bonnes », a dit Bruno Marchand.

Le maire a répété plusieurs fois qu’il n’avait fait aucune pression pour obtenir la suspension des cinq policiers. Il cite l’importance d’avoir une « muraille de Chine » entre la mairie et la police.

C’est une décision du chef de police. C’est sa décision, je la soutiens. Mais ce n’est pas une demande de la mairie.

Bruno Marchand, maire de Québec

Lors de leurs échanges, le chef de police l’a « rassuré sur la culture organisationnelle » du SPVQ. « Il m’a rassuré sur sa volonté de prendre des actions. C’est ce qu’il a fait. Il m’a rassuré sur sa volonté de dire que tout geste répréhensible sera puni, ne sera pas toléré. »

Le fait que trois des cinq policiers suspendus ont participé aux deux interventions, au Dagobert et au Portofino, est « sérieux », selon Bruno Marchand. « C’est définitivement une mauvaise soirée. C’est très préoccupant. »

Avec Tommy Chouinard, Mayssa Ferah et Isabelle Ducas, La Presse