La Cour d’appel vient de condamner Radio-Canada à verser 60 000 $ à Lee Lalli pour diffamation, en raison d’un reportage d’Alain Gravel diffusé à l’émission Enquête en 2013.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Selon la décision rendue jeudi, le juge Jocelyn Rancourt estime que le juge qui a rejeté l’action en diffamation intentée en 2014 par M. Lalli « s’est mépris ». Selon M. Lalli, actionnaire de la société Marathon, le reportage de M. Gravel « le lie faussement à la mafia, contient des inexactitudes au sujet de son implication dans des transactions immobilières » et contrevient aux normes journalistiques professionnelles. Diffusé le 7 mars 2013, le reportage en question s’intitule « Terrain miné par la mafia ».

Le juge Rancourt soutient que « la faute la plus importante » commise par Alain Gravel et Radio-Canada réside dans « l’image déformée de la réalité issue de l’impression générale se dégageant du reportage ».

Dans la décision, le juge note que le reportage laisse entendre que M. Lalli a revendu un terrain dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce au coût de 4,5 millions de dollars, alors qu’il l’aurait acquis pour le montant de 50 000 $. Toutefois, l’offre initiale était de 1,85 million de dollars pour un terrain, que l’homme d’affaires a divisé en deux actes de vente : 1,8 million pour la plus grosse parcelle et 50 000 $ pour l’autre. Le journaliste donne l’impression qu’il s’agit d’une « vente pure et simple » de 50 000 $, alors que « Lalli avait bien expliqué à Gravel que la transaction avait fait l’objet de deux actes de vente pour des raisons fiscales », note le juge Rancourt.

Le juge Rancourt poursuit en soulevant que le reportage laisse croire que M. Lalli a profité de la vente de 4,5 millions en 2007, alors qu’il n’était plus propriétaire depuis 2006. S’il est vrai que M. Gravel mentionne l’année que l’homme d’affaires a vendu le terrain et le prix de la vente à 1,5 million, « l’enchaînement des propos, des images et des entrevues laisse clairement entendre que Lalli a profité de la vente à 4 500 000 $ », conclut le juge Rancourt.

Dans la décision, il est aussi question d’une faute commise dans le fait que le reportage « donne la nette impression que Lalli fait partie de la mafia ». Ce dernier est présenté avec le mafieux Tony Magi « sur un pied d’égalité », alors que les seules informations dont dispose Alain Gravel sont que M. Lalli connaît Vito Rizzuto, ancien parrain de la mafia, M. Magi, ainsi que le restaurateur Frederico Del Peschio, écrit le juge Rancourt. M. Rizzuto et M. Magi auraient tenté de s’associer à M. Lalli pour un projet de construction de pharmacie sur l’un de ses terrains, une offre que ce dernier aurait refusée.

En 2018, la poursuite de M. Lalli à l’encontre de M. Gravel et de Radio-Canada avait été rejetée par le juge Lukasz Granosik. L’homme d’affaires poursuivait le journaliste pour 300 000 $, pour une atteinte à son honneur, à sa dignité et à sa réputation, en plus de lui causer des inconvénients. Le juge avait affirmé que la preuve de ces dommages était inexistante.