La famille de l’adolescent noir immobilisé au sol par un policier, un genou sur le cou, début juin, envisage de poursuivre au civil la Ville de Montréal.

Publié le 26 juin 2021
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« Pour la famille, c’est un moment très difficile. Nous sommes en train d’évaluer toutes nos options. L’une d’entre elles est de poursuivre la Ville de Montréal en tant qu’employeur du Service de police de la Ville de Montréal et de démontrer que l’intervention était un cas de profilage racial », a affirmé l’avocat de la famille, MFernando Belton, sans préciser les sommes qui seraient réclamées à la Ville.

L’autre option envisagée par la famille, qui préfère ne pas s’adresser aux médias pour le moment, est une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, a fait savoir MBelton.

L’opération policière dont il est question remonte au 10 juin.

La police de Montréal avait été appelée à l’école secondaire Georges-Vanier pour une bagarre impliquant une quinzaine de jeunes. Deux adolescents, dont un jeune Noir de 14 ans, qui ne peut pas être identifié puisqu’il est mineur, avaient tenté de quitter la scène avant d’être maîtrisés par la police.

Dans une vidéo citoyenne de 90 secondes, on aperçoit un agent mettre son genou sur le cou de l’un des adolescents pendant plusieurs secondes, avant de lui passer les menottes. Le jeune homme ne montre aucune résistance.

Ça frappe l’imaginaire qu’une technique comme celle-là soit utilisée à Montréal. Ces jeunes eux-mêmes avaient vu comment George Floyd est mort. C’est très troublant.

MFernando Belton, avocat de la famille

« Finalement, les deux adolescents, qui avaient été arrêtés pour port d’armes, n’ont reçu qu’un constat d’infraction au code de la sécurité routière », affirme l’avocat.

« Si ç’avait été un jeune Blanc de 14 ans, jamais il n’aurait été traité de cette manière, avec cette violence. Ce que je remarque, c’est une tendance chez certains agents policiers à juger les personnes noires nécessairement plus violentes et plus dangereuses », a poursuivi l’avocat. Il affirme que son client n’a pas dormi la première nuit suivant l’intervention, les images repassant en boucle dans sa tête. Il le décrit comme un jeune impliqué à l’école et sportif, qui n’avait jusque-là jamais eu de contact avec la police.

« C’était juste un jeune au mauvais endroit, au mauvais moment », conclut MBelton, qui se spécialise en profilage racial à la Clinique juridique de Saint-Michel.

Peu après la diffusion de la vidéo, le Service de police de la Ville de Montréal avait affirmé qu’une analyse était en cours et que les actions requises seraient prises si l’emploi de la force s’avérait injustifié.