Pendant combien de temps une criminelle soi-disant affligée par la maladie peut-elle reporter son incarcération ? Malgré un état de santé nébuleux et les nombreuses zones d’ombre de son dossier médical, l’experte en fraude Solange Crevier réussit à reporter le début de sa peine de prison depuis 18 mois. Encore une fois mardi, elle a obtenu un ultime sursis.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Solange Crevier doit purger depuis janvier 2020 une peine de six mois de détention pour avoir fraudé son employeur VIA Rail pour plusieurs dizaines de milliers de dollars. À l’époque, son avocat MPierre Poupart avait obtenu in extremis un report en évoquant une rare maladie génétique de sa cliente pouvant provoquer l’« aveuglement ». Précisons que Solange Crevier a une longue feuille de route criminelle. Elle est d’ailleurs accusée d’avoir travaillé au siège social de Desjardins sous une fausse identité.

Depuis, le même scénario se répète d’audience en audience. La veille, Solange Crevier obtient un mystérieux papier médical qui n’est jamais lu en salle d’audience. En des termes énigmatiques, les avocats évoquent les problèmes de santé de la criminelle. Et malgré les signes d’exaspération de la Couronne, la juge Julie Riendeau accorde un report de son jugement.

Ce scénario s’est reproduit mardi au palais de justice de Montréal, alors que la juge pensait « régler » le dossier une fois pour toutes. Connectée par visioconférence, Solange Crevier semblait affligée de tous les maux. Pendant de longues minutes, ses bruyants raclements de gorge enterraient même la voix de la juge et des avocats. Au point où le greffier s’est résolu à fermer son micro.

Cryptique, son avocat MPierre Poupart a laissé entendre que Solange Crevier serait peut-être toujours « porteuse de la COVID ». Ainsi, ce ne serait pas la « meilleure idée du monde » qu’elle se présente au palais de justice pour recevoir sa peine. « Elle nous a fait parvenir vendredi ou lundi une évolution de son évaluation de santé », ajoute-t-il, sans donner de détails.

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Arrivée de MPierre Poupart, sans la présence de Mme Solange Crevier.

Or, le bilan de santé de Solange Crevier est « loin d’être clair » selon le procureur fédéral MMartin Sauvageau qui affirme n’avoir obtenu qu’un « tableau Word ».

« Ce n’est pas ce à quoi on s’attendait comme rapport médical complet. On ignore si Madame a été vaccinée. On n’a pas de rapport complet de la situation. On ignore pourquoi Madame ne peut se présenter aujourd’hui », a plaidé MSauvageau.

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MMartin Sauvageau, procureur de la Couronne fédérale.

De plus, Solange Crevier souhaite éviter le palais de justice et se rendre directement au centre de détention pour amorcer sa peine, sans se faire passer les menottes aux poignets en salle d’audience. Une demande rarissime. Or, même le procureur affirme ignorer pourquoi Solange Crevier « refuse le transport pour la détention ». La juge Riendeau a cependant ouvert cette possibilité, à la condition qu’un représentant de la cour soit prêt « immédiatement » à incarcérer la criminelle à l’intérieur de la prison. « Si elle est dans un stationnement, ça ne marche pas », a précisé la juge.

Après dix mois de tergiversations, le dossier pourrait enfin se régler le 28 septembre prochain, puis que la juge Riendeau a établi mardi une « date butoir ». « Mme Crevier, si vous n’êtes pas ici, il y a un mandat d’emprisonnement qui va être émis. Les policiers iront vous cueillir là où vous êtes », a prévenu la juge. « J’ai jamais refusé de respecter mes engagements », a alors rétorqué Solange Crevier.

Solange Crevier a plaidé coupable en octobre 2019 à deux chefs d’accusation de fraude et d’emploi d’un document contrefait. Responsable des embauches de consultants chez VIA Rail, Solange Crevier a réussi à frauder son employeur et un consultant pour quelques dizaines de milliers de dollars en utilisant des poupées russes de sous-traitants pour surfacturer VIA Rail.

C’est grâce à un faux acte de naissance qu’elle avait décroché un poste de directrice en architecture et technologies de l’information chez VIA en novembre 2012. La fraudeuse a ainsi réussi à cacher à son employeur qu’elle avait été condamnée à 12 mois de prison avec sursis en 2007.

Solange Crevier est toujours en attente de procès à Québec. Elle est accusée d’avoir travaillé pendant deux ans comme consultante en informatique sous une fausse identité au siège social de Desjardins à Lévis. Selon Le Soleil, elle aurait utilisé un faux permis de conduire et une fausse carte d’assurance maladie pour se faire embaucher sous le nom de Johanne Richer. Au plumitif informatisé, elle est aussi connue sous l’alias « Solane Greuier ».