Un Hells Angels a causé tout un émoi vendredi après-midi dans une salle de cours du palais de justice de Montréal. Après avoir écouté les plaidoiries de la poursuite et de la défense, Daniel-André Giroux s’est levé du banc des accusés pour demander au juge de pouvoir enlacer sa fille qui se trouvait dans la salle d’audience.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

« Avec la COVID-19, Rivière-des-Prairies est devenue une prison dans une prison. Nous devons rester dans nos cellules 23 heures sur 24 et porter le masque en tout temps. Nous avons droit à 30 minutes de visio-visite aux trois ou quatre semaines. J’aimerais que vous preniez ça en considération dans votre décision M. le juge. Cela fait 15 mois que je n’ai pas vu ma conjointe et ma fille qui est assise dans la salle. Avec la permission du Tribunal, j’aimerais pouvoir la serrer dans mes bras, ici », a lancé le motard, à la stupéfaction générale.

Les deux agents correctionnels et le constable spécial se sont regardés, médusés, sans trop savoir comment réagir.

Le juge Daniel Bédard de la Cour du Québec a accepté, pourvu que cela dure quelques secondes.

Un agent a ouvert la porte du box des accusés, et Giroux et sa fille, tous les deux portant un masque de procédures, se sont serrés dans leurs bras.

« Est-ce que quelqu’un était au courant ? L’avoir su plus tôt, j’aurais pris des mesures pour que cela se fasse plus discrètement », a dit le juge Bédard.

« J’ai écrit ça cette nuit », a dit Giroux.

« Nous ne le savions pas », a répondu son avocate, MGinette Gravel, visiblement émue.

Propriétaire de territoire

Daniel-André Giroux, membre de la section des Hells Angels de Montréal, a plaidé coupable à des chefs de gangstérisme, complot, trafic de cocaïne et de méthamphétamine et possession d’une arme à feu chargée plus tôt dans la journée.

Le motard était le dernier accusé qui n’avait toujours pas réglé son dossier dans la foulée du projet Objection, une enquête menée par l’Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO-SQ) contre des réseaux de trafiquants de stupéfiants liés aux Hells Angels en 2017 et 2018.

La poursuite, représentée par MMarilyn L’Italien-Leblanc et MAudrey Simard, du Bureau de la grande criminalité et des affaires spéciales, a demandé sept ans et trois mois pour Giroux.

Durant sa plaidoirie, Me L’Italien-Leblanc a exposé les peines reçues par plusieurs individus ayant une implication semblable ou moindre que Giroux en matière de gangstérisme et de trafic de stupéfiants, pas seulement celles imposées à ses coaccusés, dont les Hells Angels Stéphane Maheu et Michel Langlois, condamnés respectivement à 6 ans et 5 ans.

Elle a aussi souligné le rôle de « gérant, dirigeant et propriétaire » d’un territoire de trafic de stupéfiants de Giroux dans les Laurentides, et aussi de « percepteur de taxes », qui n’aurait pas hésité à user de violence et d’intimidation pour chasser les vendeurs de drogue non autorisés sur son territoire.

« S’ils ne t’aiment pas, on va les battre et les remodeler ».

« Ramasse-le-moi, torture-le, et qu’il parle », a écrit Giroux à son bras droit devenu agent civil d’infiltration pour la police, selon la preuve présentée.

La procureure a également considéré en tant que facteurs aggravants le fait que Giroux appartienne à une organisation criminelle et qu’il a été en cavale durant dix mois avant de se faire arrêter en République dominicaine.

Quant aux avocats de Giroux, MGravel et MMichel Pelletier ont suggéré une peine de 57 mois pour leur client. En soustrayant la détention préventive et une réduction de 12 mois demandée en raison de violations des droits de l’accusé – que le juge Bédard entend accorder –, il resterait alors trois mois de prison à purger au motard.

Au sujet des menaces et de l’intimidation, MGravel a plaidé qu’aucune preuve en ce sens n’a été présentée.

Elle a aussi argué que son client aurait eu un rôle moins important que Maheu, Langlois et un autre coaccusé, Luc Grondin – qui a reçu 56 mois – dont les antécédents criminels sont plus importants.

« Mon client a perçu des taxes pour un tiers, a été actif d’octobre à février durant l’enquête et n’a aucun antécédent criminel organisé », a-t-elle fait valoir.

« C’est assez inhabituel de se retrouver avec un écart si prononcé entre les suggestions de la poursuite et de la défense », a déclaré le juge Bédard qui rendra sa décision sur la peine au début du mois de juillet.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.