Les États-Unis font face à une vague de fraudes de type « grands-parents » pilotées du Québec. Deux troupes itinérantes qui parcouraient le pays pour le compte d’une organisation criminelle de chez nous ont déjà été épinglées. Des millions sont en jeu, et des spécialistes des homicides participent maintenant à l’enquête sur le sol québécois, a appris La Presse.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

La liste des victimes ne cesse de s’allonger. Elles sont de l’État de Washington, du Michigan, de la Floride, de l’Ohio, de l’Oregon, du Massachusetts, de l’Illinois, de la Virginie, du Mississippi, de la Caroline du Sud.

Selon des résumés d’enquête déposés devant les tribunaux américains par le FBI, le plan est presque toujours le même. Une petite troupe de collecteurs recrutée par un réseau de fraudeurs s’installe dans une ville et trouve des maisons vacantes dont l'adresse pourra servir pour recevoir de l'argent.

Des arnaqueurs téléphonent ensuite à des personnes âgées en se faisant passer pour des avocats ou des policiers. Le scénario est bien rodé. Ils expliquent qu’un des petits-enfants de la victime potentielle ou un autre membre de leur famille a été impliqué dans un accident. Il a besoin d’argent rapidement. Pour l’aider, la personne âgée peut envoyer quelques milliers de dollars grâce à un service de livraison rapide. La personne au bout du fil donne l’adresse d’une maison vacante.

Lorsque l’argent est livré, le groupe de collecteurs ramasse le paquet. Après un certain temps, il disparaît et reprend le manège dans une autre ville des États-Unis.

Dix suspects accusés

La semaine dernière, des procureurs fédéraux ont annoncé l’arrestation de deux petites troupes de collecteurs qui auraient travaillé pour cette organisation bien structurée de fraudes en série.

Cinq suspects font face à la justice au Maryland : ensemble, ils auraient détroussé 70 victimes, pour un total de 1,5 million de dollars.

Cinq autres sont accusés devant les tribunaux de l’Indiana. Ils sont reliés à des fraudes de 350 000 $. Mais selon nos informations, des enquêteurs croient qu’il ne s’agirait que de la pointe de l’iceberg.

C’est un policier rusé de la ville d’Orleans, bourgade de 6000 habitants au Massachusetts, qui a permis l’arrestation des suspects dans le dossier de l’Indiana, selon le dossier de la cour.

Un résidant d’Orleans âgé de 81 ans s’était fait prendre par les fraudeurs. Un certain « David Heinz » lui disait que sa petite-nièce avait eu un grave accident de voiture. Des enfants avaient été blessés. Il fallait envoyer rapidement 9000 $ à une adresse en Indiana pour l’aider.

L’octogénaire avait fait l’envoi, mais avait appris rapidement par la suite que sa petite-nièce n’avait eu aucun accident. Lorsque les fraudeurs l’ont rappelé pour qu’il envoie encore plus d’argent, il a alerté la police municipale de son patelin.

Le policier responsable du dossier lui a demandé d’envoyer un paquet rempli de magazines par UPS, au lieu de l’argent. Puis il a alerté la police d’Indianapolis. Des enquêteurs là-bas ont placé sous surveillance la maison inoccupée où le paquet devait être envoyé. Lorsque les collecteurs du réseau sont venus le ramasser, les enquêteurs ont pu les arrêter, puis découvrir leur cache dans un logement loué sur la plateforme Airbnb.

Armes découvertes

Les enquêteurs croient que tous les appels sont faits du Québec, où se trouveraient aussi les têtes dirigeantes de l’organisation, selon plusieurs sources bien au fait du dossier. La semaine dernière, une équipe mixte d’enquêteurs coordonnée par la Sûreté du Québec a mené 17 perquisitions et rencontré 35 personnes dans le cadre d’une enquête baptisée Projet Partenariat.

Des membres de l’Escouade nationale de répression du crime organisé ont participé aux perquisitions, ce qui semble indiquer que l’organisation est liée à un groupe connu du monde interlope québécois.

La Presse a pu constater que les enquêteurs avaient notamment perquisitionné dans la résidence de Francesco Sollecito, frère de Stefano Sollecito. Ce dernier était encore récemment considéré par plusieurs sources policières comme le chef du clan sicilien de la mafia montréalaise.

Personne n’a été accusé au Québec pour la fraude à ce stade, mais deux individus ont été accusés de possession d’arme prohibée après les perquisitions.

Fait à noter, des enquêteurs du service des crimes contre la personne, spécialisés dans les homicides, participaient à l’opération, a pu confirmer La Presse, ce qui semble indiquer que le dossier recoupe une enquête pour meurtre qui était déjà active au Québec avant les arrestations

Crime organisé transnational

« Ce dossier est un vrai exemple de coopération policière internationale qui mène à plusieurs accusations, arrestations, et à la perturbation à grande échelle d’un groupe de crime organisé transnational qui s’en prenait de façon impitoyable aux Américains âgés », a déclaré Jennifer C. Boone, responsable du bureau régional du FBI à Baltimore.

Du côté québécois, le service des communications n’était pas en mesure de dire quand des accusations pourraient être portées pour fraude dans cette affaire.