Cela fera deux ans samedi que le directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), Martin Prud’homme, a été relevé de ses fonctions et a été, depuis, payé 500 000 $ à rester chez lui à ne rien faire.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Le salaire du directeur général de la SQ, y compris les avantages sociaux, est d’environ 250 000 $ par année. or M. Prud’homme a été mis à l’écart par la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, le 6 mars 2019.

Même s’il n’est pas en poste, M. Prud’homme est souvent protégé ou assisté par des chauffeurs-gardes du corps, comme le prévoit sa fonction, ce qui représenterait une somme minimale de plus de 200 000 $ sur deux ans qu’il faut ajouter à ce que la suspension du chef de la SQ coûte aux contribuables.

Rappelons que M. Prud’homme a été relevé de ses fonctions à la suite d’une plainte déposée par l’ancienne directrice des poursuites criminelles et pénales, MAnnick Murphy, relativement à une conversation téléphonique qu’elle avait eue avec le directeur de la SQ, le 24 octobre 2017.

La discussion a tourné autour de l’enquête sur les fuites à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) qui visait, entre autres, le député de Chomedey Guy Ouellette.

En octobre 2018, le gouvernement a demandé au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) d’enquêter sur les fuites à l’UPAC et sur la façon dont celle-ci avait mené l’enquête à l’issue de laquelle Guy Ouellette a été arrêté.

C’est dans le contexte de cette enquête du BEI, baptisée Serment, que MMurphy a déposé sa plainte contre Martin Prud’homme, des mois après la fameuse conversation téléphonique litigieuse.

Depuis le départ de M. Prud’homme, c’est Johanne Beausoleil qui occupe son poste de façon intérimaire.

Une poursuite intentée après une enquête déontologique

Le 18 mars 2020, un an après que Martin Prud’homme eut été relevé de ses fonctions, son avocat, MMichel Massicotte, a écrit à la ministre Guilbault, lui demandant que son client soit réintégré dans ses fonctions face à la pandémie de la COVID-19 naissante.

« Depuis, la pandémie de la COVID-19 s’est malheureusement installée parmi nous, avec son lot de situations problématiques auxquelles vous êtes vous-même confrontée de façon incessante. S’ajoutent à cela d’autres enjeux à venir telle la période des inondations saisonnières, que non seulement vous aurez à gérer, mais qui concerne au premier plan les forces de police et la direction qui doit leur être insufflée dans la mise en œuvre de l’application des décisions ministérielles », écrit notamment l’avocat dans sa lettre, qui, selon nos informations, n’aurait reçu aucune réponse de la ministre.

Quelques jours après l’envoi de cette lettre, Martin Prud’homme a été blanchi de toute allégation criminelle d’entrave et d’abus de confiance, mais en octobre 2020, à l’issue d’une enquête administrative, un comité de trois juristes relevant du Secrétariat aux emplois supérieurs a recommandé sa destitution, pour faute déontologique grave.

La ministre Guilbault a alors chargé la Commission de la fonction publique de mener à son tour une enquête déontologique sur Martin Prud’homme et d’énoncer une recommandation.

PHOTO SYLVAIN MAYER, ARCHIVES LE NOUVELLISTE

Me Annick Murphy

Mais le DG de la SQ a refusé de se soumettre à ce nouveau processus et a déposé une poursuite civile contre la commission, le procureur général du Québec et le Secrétariat aux emplois supérieurs demandant de mettre fin aux procédures de destitution entamées contre lui et de déclarer que sa discussion avec MMurphy ne constituait pas une faute grave.

La cause est toujours active devant la Cour supérieure, chambre civile. La Presse a demandé une entrevue à Martin Prud’homme, qu’il a déclinée.

Aussi payés à la maison

Outre Martin Prud’homme, d’autres policiers de la Sûreté du Québec ont été relevés de leurs fonctions dans le contexte de l’enquête Serment du BEI dans laquelle ils sont visés.

C’est le cas de l’inspecteur André Boulanger et de la lieutenante Caroline Grenier-Lafontaine, qui avaient été prêtés à l’UPAC et qui ont dirigé l’enquête sur les fuites qui avait mené à l’arrestation de Guy Ouellette.

Les deux policiers, qui forment un couple dans la vie, sont relevés de leurs fonctions depuis 28 mois. Le salaire de M. Boulanger, avantages sociaux inclus, serait d’environ 165 000 $ par année et celui de Mme Grenier-Lafontaine, 135 000 $, ce qui ferait un total d’environ 600 000 $ pour les deux, sur deux ans.

En janvier dernier, un enquêteur du BEI a témoigné en cour et déclaré que l’enquête Serment, qui dure déjà depuis plus de deux ans, pourrait encore se prolonger de deux autres années.

Un autre cadre de la SQ, l’inspecteur-chef Guy Lapointe, autrefois responsable des relations avec les médias à la police provinciale, a servi de témoin à Martin Prud’homme dans les moments qui ont précédé l’appel téléphonique du DG de la SQ à MMurphy. Il est nommé dans la poursuite civile de Martin Prud’homme et n’a pas caché son amitié avec ce dernier lors d’une conférence de presse courue tenue l’été dernier au sujet de Martin Carpentier, qui a tué ses deux filles avant de se suicider. Il a également une relation amoureuse affichée avec la journaliste Marie-Laurence Delainey, de l’émission de Paul Arcand au 98,5 FM.

M. Lapointe a été prêté, contre son gré, aux communications du BEI en octobre dernier. Un peu visible à son arrivée au BEI, il est moins présent dans les médias depuis quelques mois. La Sûreté du Québec paie toujours son salaire d’environ 200 000 $ par année, avantages sociaux compris.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.