Alors qu’une escouade contre les armes à feu verra le jour fin février à Montréal et qu’une présence policière accrue sera assurée dans les secteurs les plus touchés par la récente flambée d’évènements violents, des organismes rappellent que le problème est beaucoup plus large. Beaucoup estiment qu’il faut d’abord trouver un moyen d’offrir des « opportunités positives » aux jeunes dans le milieu de la criminalité.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« C’est possible de réduire le besoin d’appartenance aux gangs de rue auprès des jeunes, à condition de fournir des activités où ils peuvent se réaliser, que ce soit dans le sport ou les activités parascolaires », explique la présidente de l’Ordre professionnel des criminologues du Québec (OPCQ), Michèle Goyette. Elle cite notamment les progrès marqués que font des organismes comme Ali et les Princes de la Rue.

À ses yeux, la pandémie a joué un « rôle indirect » dans l’augmentation des incidents violents et armés, entre autres parce que, justement, ces activités de prévention sont plus rares qu’avant. « Dans les écoles ou dans le réseau de projets spéciaux, plusieurs acteurs n’ont pas pu continuer leurs activités. Tout ça peut avoir exacerbé l’adhésion aux gangs », raisonne-t-elle.

La présidente et cofondatrice de l’organisme Hoodstock, Nargess Mustapha, appelle quant à elle à penser le problème plus largement. « Toute cette violence à laquelle les résidants de l’est de Montréal sont exposés, il y a quelque chose de structurel derrière ça. Et il faudra [s’y attaquer], aux aspects structurels. Ces jeunes-là ne se retrouvent pas dans la criminalité du jour au lendemain », dit-elle, en ajoutant qu’une approche strictement « répressive » n’aidera pas.

On ne se réveille pas un matin en se disant : “Je vais m’acheter une arme à feu.” Il y a tout un éventail de choses à considérer, qui sont les conditions de vie précaire, d’exclusion sociale, de profilage, de racisme systémique. Et ce sont ces jeunes-là qui écopent en premier.

Nargess Mustapha, présidente de Hoodstock

Plus d’effectifs, promet le SPVM

C’est à compter du 22 février que la police de Montréal déploiera son équipe consacrée à la lutte contre le trafic d’armes (ELTA). L’équipe QUIÉTUDE demeurera toutefois en fonction. L’initiative avait été mise en place en octobre après qu’une série d’évènements violents impliquant des armes à feu fut survenue sur le territoire montréalais.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal, et Sylvain Caron, directeur du SPVM, ont fait le point sur la violence dans l’est de Montréal, jeudi.

« Les évènements très dramatiques des derniers jours nous ont tous secoués. Personne n’y est demeuré indifférent, moi le premier comme père de famille. Ce qui s’est passé, ça ne devrait jamais arriver », a lancé le directeur du SPVM, Sylvain Caron, en offrant ses condoléances à la famille de la jeune Meriem Boundaoui, cette adolescente de 15 ans tombée sous les balles dimanche dernier.

À ses côtés, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a soutenu que le contrôle des armes à feu ne réglerait pas tout, mais qu’il demeurait nécessaire. Elle a précisé qu’une rencontre était prévue avec Bill Blair, ministre fédéral de la Sécurité publique, pour « discuter de l’aide à court terme, pour savoir d’où viennent les armes ». « Nous faisons face en ce moment à un phénomène de banalisation des armes à feu », a répété Sylvain Caron, qui parle de « criminalité émergente ». Il a insisté sur l’importance d’avoir du financement pour mettre en place les effectifs nécessaires pour contrer ces crimes, tout en travaillant de concert avec les organismes locaux.

Valérie Plante, elle, s’est dite inquiète de la difficulté pour ces organismes à recruter du personnel. « J’ai interpellé Québec, des discussions sont en cours avec la ministre Chantal Rouleau. Mon message, c’est : “Aidons les organismes communautaires qui sont sur le terrain” », a-t-elle imploré.

À terme, il faudra surtout « investir davantage dans le travail de rue » pour déployer plus d’intervenants dans les milieux, croit l’OPCQ. « Sur la trentaine de fusillades qui sont déjà survenues, il y a beaucoup de jeunes victimes. Ce cocktail explosif avec les bandes rivales, il est préoccupant. On voit quand même une hausse de 15 % d’incidents violents depuis la dernière année », note Michèle Goyette. « D’où viennent ces armes ? Comment est-ce si facile de s’en procurer ? Est-ce issu du crime organisé ? Ça prendra un travail intense au niveau policier pour défaire ces filières de trafic d’armes », ajoute-t-elle.

Québec veut « décloisonner » certains quartiers

Jointe par La Presse, la ministre responsable de Montréal et ex-mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, a affirmé que « la priorité numéro un [devait] être de mettre un terme aux problèmes de violence actuels et éviter que les Montréalais revivent de telles situations dans le futur ».

Mme Rouleau dit travailler à des actions politiques afin de transformer « en profondeur la réalité de certains quartiers » de la métropole. Elle souhaite « décloisonner » plusieurs secteurs « qui en ont bien besoin », en dynamisant ceux-ci avec des projets d’aménagement et de développement social.

De son côté, le chef de l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal, Lionel Perez, s’est montré plus critique à l’égard de l’administration. « Au lieu de demander sans cesse de l’aide financière pour la sécurité aux [ordres] supérieurs, la Ville doit investir dès maintenant pour augmenter les effectifs policiers et le financement communautaire dans les quartiers chauds », a-t-il martelé. Pour lui, la Ville dispose déjà d’une marge de manœuvre. « Avec un budget de 6,1 milliards, ça n’a aucun sens que la mairesse refuse d’investir 16 millions pour la sécurité de ses citoyens. »

Jeudi, en conférence de presse, le premier ministre François Legault a réitéré que son gouvernement était préoccupé par les évènements violents à Montréal. « Ça m’inquiète. Ce n’est pas la ville que nous aimons, ce n’est pas la ville dont nous étions fiers », a-t-il dit, en ajoutant que des discussions étaient en cours avec la ministre Geneviève Guilbault, mais qu’il s’agissait d’une « juridiction partagée » avec Ottawa. En octobre, Québec a injecté 65 millions pour combattre la violence armée, dont 5 millions pour le SPVM seulement.

— Avec Antoine Trussart, La Presse