Il subissait des traitements pour un cancer, il était sous protection policière en lien avec les Hells Angels, il était directeur chez Bombardier : avant de tuer son père, Jérémie Fortier-Grenier avait tissé une toile de mensonges pour cacher son indigence. Lundi, il a tenté de convaincre le jury que c’est d’abord son père qui l’a attaqué le soir fatidique.

Publié le 8 févr. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

L’homme de 26 ans a témoigné pour sa défense lundi à son procès pour le meurtre prémédité de son père, Richard Grenier. Selon la Couronne, Jérémie Fortier-Grenier a attiré son père dans un guet-apens, le 10 mai 2018, pour le poignarder à 32 reprises. Le fils racontait déjà à ses proches avoir hérité du véhicule et du chalet de son père près de Mont-Laurier.

« Mon intention n’était clairement pas ça », s’est-il défendu à la barre.

Jérémie Fortier-Grenier a raconté au jury de quelle façon il s’était résigné à vivre dans sa voiture à l’hiver 2017, un an après avoir été chassé de la résidence familiale par son père à l’âge de 22 ans. Il a pourtant hérité de 100 000 $ de son oncle, mais a dilapidé ce magot avec des cartes de crédit, des meubles et des cadeaux pour sa copine.

Alors qu’il habitait dans sa voiture et se nourrissait de « pain au beurre de peanuts », Jérémie Fortier-Grenier faisait croire à sa nouvelle copine qu’il était directeur du service de soudure chez Bombardier. Dans les faits, il travaillait à 12,50 $ de l’heure. Chaque fin de semaine, il se rendait cependant avec sa copine au chalet de son père – soi-disant mort à la guerre.

Le jeune homme n’hésitait pas à inventer des mensonges de plus en plus gros : il a ainsi dit à son oncle qu’il était dans le programme de protection des témoins, parce qu’un collègue avait été assassiné par les Hells Angels. Même s’il était fauché, il refusait de travailler le vendredi en prétextant des traitements de chimiothérapie à son patron.

Le soir du meurtre, Jérémie Fortier-Grenier rencontre son père dans l’espoir de « retisser » leurs liens. Il veut lui dire à quel point il tient à refaire sa vie au chalet de son père. Mais la conversation ne tourne pas comme il l'aurait désiré.

Lorsque Jérémie dit à son père qu’il l’aime, son père répond : « Honnêtement, je ne suis pas sûr si je t’aime. » Des paroles qui ont l’effet d’un « coup de poing », selon l’accusé. C’est alors que Jérémie Fortier-Grenier sort l’un de ses couteaux de son sac et le place sur le côté. « Est-ce que tu m’aimes ? Moi, je t’aime. Écoute-moi, papa, s’il te plaît », supplie-t-il.

C’est à ce moment que Richard Grenier aurait pris son fils par la gorge. « Toi, y faut que tu crèves, criss », lance la victime, selon l’accusé. « Je me rappelle d’avoir donné un coup, je n’ai pas souvenir du reste », témoigne Jérémie Fortier-Grenier. Après son arrestation, il avait pourtant expliqué à l’enquêteur que son père l’avait pris à la gorge après le premier coup de couteau, et non avant.

PHOTO DÉPOSÉE EN COUR

Jérémie Fortier-Grenier a caché le corps de son père sous un tapis et des roches dans un boisé du secteur industriel de Saint-Laurent, à Montréal.

Talonné en contre-interrogatoire, Jérémie Fortier-Grenier a martelé qu’il ne gardait que des souvenirs « très flous » des évènements après le meurtre, même s’il a échangé de nombreux messages textes avec sa copine. « J’étais sur le mode panique. Choc. Tristesse », a-t-il répété à la procureure de la Couronne MNadia Bérubé. Il a également révélé qu’il se déplaçait depuis des mois avec quatre couteaux.

Son contre-interrogatoire se poursuit mardi.