Dans une lettre envoyée vendredi à la mairesse Valérie Plante, la Fraternité des policiers et policières de Montréal affirme « son profond malaise » face à « l’ingérence politique » dont l’élue municipale a fait preuve jeudi, alors qu’elle commentait l’arrestation de Mamadi III Fara Camara.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Sur le plan des principes les plus élémentaires, il était sidérant de vous entendre, en plein point de presse, présumer des conclusions d’une enquête de police complexe, délicate, et surtout, encore intensément active. Il était également surréel de vous entendre réclamer une enquête neutre tout en énonçant vos propres conclusions », écrit le président de la Fraternité, Yves Francoeur.

Jeudi, devant l’hôtel de ville de Montréal, la mairesse Plante avait soutenu que Mamadi III Fara Camara est un homme « libre et innocent », en réclamant que l’enquête sur les circonstances de sa mise en accusation soit complètement indépendante, c’est-à-dire sans l’implication du SPVM ou encore du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

« Cet homme est innocent et il faut le répéter haut et fort, parce qu’il y a eu erreur sur la personne », a déclaré la mairesse lors d’un point de presse, jeudi.

Désaccords sur le profilage

La mairesse avait aussi soutenu que la population « est en droit de se poser des questions » sur la présence de profilage racial dans cette affaire, que la Ligue des Noirs voit comme un autre exemple de racisme systémique. « Ça pourrait être le cas », a dit Mme Plante, lorsque questionnée à savoir si la couleur de la peau du Montréalais de 31 ans a joué un rôle dans son arrestation. Elle a toutefois réitéré « qu’on doit avoir des preuves et qu’il faut poser la question clairement ».

Chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez avait tenu des propos similaires peu après, en conférence de presse. « Il n’y a aucun doute qu’on a, dans l’ombrage de cette enquête, tout l’historique récent sur les enjeux de profilage racial. C’est très préoccupant », a-t-il soulevé, en ajoutant que la confiance du public « est ébranlée » par cette affaire.

Pour la Fraternité des policiers, cette évocation du profilage racial est « une allusion extrêmement déplorable ». « Malheureusement, elle ne fait que s’inscrire dans votre tendance, en cette matière, à tenir des propos insidieux et à attiser des perceptions négatives à l’égard de vos policiers et policières. Ce faisant, vous jetez de l’huile sur le feu, nuisez au climat social et compliquez encore davantage la tâche de ceux et celles qui ont la responsabilité d’assurer la sécurité des Montréalaises et des Montréalais », déplore Yves Francoeur, en s’adressant directement à Valérie Plante.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Yves Francoeur

« Nous espérons que vous saurez dorénavant vous comporter de façon plus responsable en évitant que vos biais idéologiques n’interfèrent avec votre nécessaire devoir de réserve », conclut M. Francoeur, en demandant à la Ville de porter une « attention particulière » à sa lettre.

Plante tente de calmer le jeu

Dans une déclaration, le cabinet de Valérie Plante a tenté de calmer le jeu, en rappelant que le rôle des policiers est essentiel dans le contexte. « La mairesse a souligné lors de son point de presse le travail des 5000 policiers et policières de la Ville de Montréal, comme elle le fait depuis le début de son mandat. Il est important de rappeler que nous avons tous une responsabilité collective d’assurer la confiance de la population montréalaise envers notre corps de police », a souligné l’attachée de presse, Geneviève Jutras.

Cette dernière rappelle que la Ville a déjà réclamé « une enquête neutre afin de faire la lumière sur le processus qui a mené à l’arrestation et la détention pendant six jours et cinq nuits de M. Camara, un citoyen montréalais, tout comme l’ont aussi demandé la ministre de la Sécurité publique du Québec et le premier ministre du Canada ». Le parti de l’Opposition officielle, lui, n’a pas souhaité réagir vendredi.

De son côté, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, a soutenu jeudi que le corps policier pourra offrir des excuses à Mamadi III Fara Camara lorsque des résultats d’expertises d’ADN permettront de l’exonérer complètement. Ces résultats pourraient être connus vendredi après-midi, ou lundi au plus tard. Libéré mercredi, M. Camara est pour l’instant considéré comme un témoin important dans l’affaire du policier agressé le 28 janvier dernier.

« Il faut être prudent avant d’accuser un citoyen, mais il faut également l’être avant de le disculper. C’est ce que nous faisons : nous sommes prudents », avait soutenu Sylvain Caron à ce sujet, déplorant néanmoins les « conséquences très regrettables » de cette situation « exceptionnelle ». Dans une « volonté de transparence », M. Caron s’est aussi dit prêt à accueillir un observateur indépendant au SPVM qui pourra évaluer le travail qui a été fait jusqu’à maintenant par les enquêteurs.