Même s’il avait hérité de 100 000 $ d’un proche, Jérémie Fortier-Grenier en était rendu à dormir sur les bancs de parc, lorsqu’il aurait prémédité le meurtre de son père, en mai 2018. S’il s’est ouvert sur son passé, le jeune Montréalais est resté muet sur la mort de son père après son arrestation.

Mis à jour le 2 févr. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Je veux garder le silence, c’est tout. » C’est ce que Jérémie Fortier-Grenier a répété chaque fois que l’enquêteur l’a interrogé sur les circonstances du meurtre de Richard Grenier, le lendemain de son arrestation. Le jury a visionné mardi les deux premières heures de son interrogatoire, dans lequel l’accusé dort pendant une longue période.

EXTRAIT D’UNE VIDÉO DÉPOSÉE EN PREUVE

Jérémie Fortier-Grenier a dormi pendant une longue période de son interrogatoire avec les policiers après son arrestation.

L’homme de 28 ans est accusé d’avoir prémédité le meurtre de son père, le 10 mai 2018, en l’attirant sous un prétexte quelconque dans un stationnement d’un secteur industriel de l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal. Selon la poursuite, Jérémie Fortier-Grenier aurait poignardé son père à 32 reprises avant de cacher le corps dans un boisé.

Ce soir-là, Jérémie Fortier-Grenier avait rejoint son père dans un restaurant de Laval pour « retisser les liens ». Ils se sont alors promenés en voiture de « deux à trois heures » en parlant de tout et de rien, a-t-il raconté à l’enquêteur. Son père voulait alors l’aider à lui trouver un nouvel emploi.

Selon l’accusé, son père voulait lui « léguer » son chalet près de Mont-Laurier, parce qu’il était « tanné ». Ce chalet est au cœur du procès. Non seulement Jérémie Fortier-Grenier s’y est rendu après le meurtre, mais il aurait aussi confié à deux proches qu’il allait « hériter » ou avait déjà « hérité » du chalet. « Il s’attendait à avoir le chalet en héritage. Il fallait qu’il passe au notaire », a témoigné mardi sa cousine Stéphanie Grenier.

Sans emploi, sans résidence et sans amis, Jérémie Fortier-Grenier avait dormi « dans la rue » la nuit précédente de sa rencontre avec son père, a-t-il confié au policier. Ce n’était pas la première fois. Pourtant, deux à trois ans plus tôt, il avait hérité de 100 000 $ de son oncle. Une bonne partie de cette somme a toutefois servi à payer les dettes de son oncle et ses propres cartes de crédit, dit-il.

La suite de son interrogatoire se poursuit mercredi matin.

Des messages à la victime le soir même

Alors qu’il avait déjà commis le meurtre, selon la Couronne, Jérémie Fortier-Grenier a envoyé des messages à son père le même soir. « S’il y a quoi que ce soit, je suis là n’importe quand. Je t’aime papa. On se revoit bientôt. N’oublie pas de me dire quand tu arrives à la maison », lui écrit-il vers 22 h.

Dans ces messages, Jérémie Fortier-Grenier dit à son père être « content » de l’avoir vu. « On devrait se voir plus souvent », écrit-il d’emblée. Le fils reproche ensuite à sa belle-mère, Tania, de « profiter » de son père pour son « argent ». « Tu es stressé par tout ça. Tu as presque pleuré ce soir en me parlant », ajoute-t-il.

« J’avais un mauvais sentiment », se remémore Tania Hamon. Sans nouvelles de son conjoint à la suite de sa « rencontre » avec son fils, elle a immédiatement joint les policiers lorsqu’elle a vu ces messages sur l’ordinateur familial. Jérémie Fortier-Grenier ajoute alors ceci : « Allo ? C’est qui que tu allais voir après ? Papa ? Bon, au moins tu as vu mon message, je t’aime. À bientôt. xx », conclut-il à 23 h 50.

Le père et le fils n’avaient que des « contacts épisodiques » depuis le départ de l’accusé de la résidence familiale en février 2016. « J’ai demandé à mon conjoint que [Jérémie] quitte le domicile », explique-t-elle. À cette époque, elle attendait un garçon avec Richard Grenier, son conjoint depuis 2009.

Quelques mois après le drame, Tania Hamon s’est rendue au chalet de son conjoint, près de Mont-Laurier. Notons qu’elle est maintenant propriétaire de l’immeuble. Elle a alors découvert qu’une personne était entrée par effraction en brisant une fenêtre. Le siège d’auto de leur fils, qui se trouvait dans la voiture de la victime, était également caché dans le cabanon. Selon la poursuite, Jérémie Fortier-Grenier s’est réfugié au chalet avec le véhicule de son père après le meurtre. Sa copine et la mère de celle-ci l’auraient alors vu, les mains et les vêtements ensanglantés.

Jérémie Fortier-Grenier est défendu par MMartin Latour et Me Sabrina Lapolla, alors que Me Nadia Bérubé représente également le ministère public. Le procès est présidé par le juge Claude Champagne.