(Québec) Un témoin de la Couronne a raconté jeudi au palais de justice de Québec que la présumée victime de Michel Venne s’est confiée à lui dès le lendemain de l’incident.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Stéphane Champreux se souvient que la stagiaire de 17 ans était arrivée méconnaissable à un rendez-vous. La jeune femme d’habitude « agréable et enthousiaste » n’était plus la même ce jour d’août 2008.

« Elle était comme transie, elle tremblait », a raconté l’homme, qui travaillait à l’époque à l’Institut du Nouveau Monde (INM).

Interrogée par son collègue, la jeune femme lui aurait confié avoir été agressée sexuellement la veille par Michel Venne, alors directeur de l’INM.

« Je n’ai pas dénoncé, car elle ne souhaitait pas en parler, elle se sentait impuissante. Elle ne comprenait pas trop ce qui se passait. Elle était encore sous le choc. Elle ne savait pas du tout quoi faire », a expliqué l’homme de 41 ans, qui témoignait par visioconférence à partir de la France.

« Elle avait peur que ce soit pris comme la parole d’une stagiaire contre celle d’un directeur général. Elle avait des craintes. Elle ne voulait pas que ça se sache », a ajouté le témoin de la Couronne.

La jeune femme s’est aussi confiée à sa mère dans les semaines suivant l’évènement d’août 2008. La femme de 64 ans a témoigné brièvement mercredi à la demande de la poursuite.

Elle a raconté qu’elle a subi un « choc » lorsque sa fille s’est confiée à elle au téléphone. Elle ne savait pas quoi faire. La jeune femme venait tout juste de commencer le cégep.

« Il n’est pas question qu’on aille à la police, qu’on vise un procès, elle commence sa vie », a dit la mère. « Qu’est-ce que je fais ? Il est directeur de l’INM… »

« J’ai 64 ans, j’en ai vu d’autres dans la vie. Ça arrive tout le temps, a ajouté la femme. Moi, je suis d’une génération qui a encaissé. Ma fille fait partie d’une génération qui dénonce. »

La plaignante, que le tribunal nous interdit de nommer, a dénoncé publiquement, en 2014 et en 2017, l’agression qu’elle aurait subie.

La femme aujourd’hui âgée de 29 ans a expliqué plus tôt cette semaine avoir décidé de rompre le silence notamment dans le contexte des campagnes de dénonciations sur les réseaux sociaux comme #moiaussi. Elle a porté plainte à la police en octobre 2017.

Pour la poursuite, les témoignages de jeudi prouvent que la plaignante n’a pas inventé son agression dans les dernières années. Elle l’aurait plutôt révélée dès le lendemain.

M. Champreux a expliqué avoir « été très déçu » lorsque Michel Venne a mis fin à son contrat. Mais il a affirmé qu’il n’était pas en mauvais termes avec M. Venne et que ce dernier ne savait pas à l’époque que la jeune femme s’était confiée à lui.

Le procureur de la Couronne, MMichel Bérubé, lui a demandé s’il avait un intérêt dans cette affaire. « Non, aucun, à part mes valeurs et mes principes », a répondu M. Champreux.

Le procès de Michel Venne, 60 ans, va reprendre lundi. La preuve de la poursuite est maintenant close. M. Venne est accusé d’agression sexuelle et d’exploitation sexuelle.