Les policiers de Montréal ont dû intervenir à deux reprises, samedi matin, pour mettre fin à d’importants rassemblements illégaux dans des synagogues d’Outremont. C’est donc dire que trois interventions ont eu lieu dans le secteur en moins de 24 heures, car un premier attroupement avait déjà été interrompu vendredi soir.

Mis à jour le 23 janv. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Samedi matin, la première des deux opérations s’est déroulée vers 9 h 30, dans un lieu de culte situé au coin des rues Hutchinson et Saint-Viateur.

« On a trouvé plus de 10 personnes sur les lieux, donc un rapport d’infraction générale a été fait », a indiqué la porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Véronique Comtois, soulignant qu’une arrestation pour entrave au travail des policiers a aussi été effectuée.

Des constats n’ont pas été remis sur-le-champ, mais le SPVM a annoncé que 17 personnes présentes sur les lieux, ainsi que l’organisme qui gère la synagogue feront l’objet d’un rapport d’infraction générale. Ils s’exposent ainsi aux mêmes conséquences que s’ils avaient reçu un constat d’infraction sur le moment. Ces rapports seront transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui décidera si des constats d’infraction seront donnés.

Puis, à peine deux heures plus tard, vers 11 h 45, les policiers ont été appelés sur les lieux de la même synagogue où ils étaient intervenus la veille, à l’angle de la rue Durocher et de l’avenue Lajoie.

Bon nombre de personnes se trouvaient alors à l’extérieur de l’établissement, mais ce ne semblait pas être un rassemblement « organisé », d’après les autorités. Encore une fois, plus de 10 personnes se trouvaient toutefois à l’intérieur.

Ce sont 14 personnes qui ont été identifiées et qui feront l’objet d’un rapport d’infraction générale. L’organisme qui gère le lieu de culte pourra également être l’objet de conséquences légales.

Sur les lieux, un homme de 44 ans a aussi été arrêté vers midi pour avoir proféré des menaces envers une personne qui filmait la scène. Il a ensuite été relâché par les autorités avec promesse de comparaitre.

Le tout survient alors que vendredi, sans tambour ni trompette, Québec a assoupli ses restrictions sanitaires, permettant aux lieux de culte de rouvrir leurs portes, mais à un maximum de dix fidèles.

Vendredi soir aussi

La veille, des constats d’infraction avaient été remis par la police de Montréal, en soirée, lors d’un rassemblement illégal de plusieurs dizaines de personnes tenu dans cette même synagogue, au coin de Durocher et Lajoie. Lors de l’intervention, quatre agents ont été victimes de voies de fait.

À l’arrivée des policiers, des gens quittaient les lieux bruyamment, par dizaines. « Malheureusement, une majorité des contrevenants ont décidé de quitter les lieux en fonçant physiquement sur les policiers », a affirmé l’agent Julien Lévesque. Plusieurs personnes sont alors parvenues à prendre la fuite, malgré la consigne initiale qui était de sortir du bâtiment calmement, une personne après l’autre. Aucun citoyen n’a été blessé lors de l’événement.

Malgré la tournure des évènements, seulement trois constats d’infraction ont été distribués, plus tard en soirée, aux abords de l’établissement, pour le non-respect du couvre-feu en vigueur au Québec, une mesure qui s’inscrit dans la lutte à la pandémie de COVID-19.

En fin d’après-midi samedi, le SPVM a annoncé que 35 contrevenants font l’objet d’un rapport d’infraction générale. L’organisation qui gère la synagogue s’expose elle aussi à des conséquences légales et recevra un rapport d’infraction générale.

Dans une déclaration commune sur Twitter, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (CJIA) et la Fédération CJA, qui représente la communauté juive de Montréal, considèrent inacceptables « les actions d’une petite fraction de la communauté hassidique ».

« Le SPVM mérite la gratitude et le soutien de tous les Montréalais, écrivent-ils. L’agression de policiers est un acte criminel et inexcusable, tout comme le fait de les qualifier de nazis. Nous avons publié une déclaration vendredi adressée à notre communauté réaffirmant l’importance du respect total de toutes les directives de santé publique. »

Des jeunes mis à l’amende en Estrie

Plus tôt, dans la nuit de vendredi à samedi, une quinzaine de constats d’infraction ont aussi été donnés à Sainte-Catherine-de-Hatley, en Estrie, à des jeunes qui s’étaient rassemblés dans une résidence privée.

« Ils étaient sur le party toute la gang et une personne a décidé de faire cuire du bacon. L’alarme incendie s’est déclenchée à cause de la fumée et les pompiers se sont rendus sur les lieux. Ils n’ont reçu aucune collaboration des jeunes, donc on a été demandés en assistance », a expliqué le sergent Steve Vachon, de la Régie de police de Memphrémagog.

Les constats remis atteignaient pour la plupart 1550 $, mais certains ont reçu une amende moins salée, qui était d’environ 560 $. La facture totale a surpassé les 20 000 $. « Sur notre territoire, c’est le premier incident de cette envergure qu’on voit. On a déjà eu des petits rassemblements, des soupers, mais une quinzaine de jeunes ensemble, c’est une première », a aussi indiqué M. Vachon.

– avec Antoine Trussart, La Presse