La mère de la fillette de sept ans qui est morte après avoir subi des sévices corporels, dans le quartier Chomedey à Laval au début de janvier, a été arrêtée par les autorités vendredi. Elle a été formellement accusée de négligence criminelle causant la mort et demeurera détenue jusqu’à la suite des procédures.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Elle a été arrêtée ce matin à 6 h 55, au quartier général », a confirmé la porte-parole du Service de police de Laval (SPL), Stéphanie Beshara vendredi. Comme l’enquête est toujours en cours, elle précise que les autorités ne pourront donner d’autres informations à ce sujet pour le moment.

La femme, accusée de négligence criminelle causant la mort et de voies de fait, a été interrogée par les policiers pendant une bonne partie de la journée. Elle a comparu, vendredi après-midi au palais de justice de Laval, devant un juge. Comme l’accusée s’exprime dans une langue étrangère, un interprète a été demandé lors de cette comparution, qui s’est déroulée par visioconférence, du quartier général du SPL.

Puisqu’une ordonnance de non-publication est en vigueur sur toute information permettant d’identifier la victime, il n’est pas possible à ce stade-ci de révéler l’identité de l’accusée. Celle-ci demeurera détenue pour le moment, le ministère public s’étant opposé à sa remise en liberté vu la « gravité des infractions ». Le retour devant le juge est prévu lundi. D’ici là, une partie de la preuve sera envoyée à la défense afin qu’elle en prenne connaissance.

En ce qui concerne le chef de négligence criminelle causant la mort, les faits reprochés à l’accusée se seraient produits entre 30 décembre 2020 et le 3 janvier 2021, à Laval. Pour le chef de voies de fait, le tout se serait plutôt déroulé entre le 1er juin 2020 et le 3 janvier 2021.

Le fils de l’accusée, dont l’identité est aussi protégée par une ordonnance de la Cour, a également été interrogé dans le cadre de cette enquête. Nos sources indiquent que la police de Laval a reçu un rapport préliminaire d’autopsie de la fillette, mais ne dévoilera pas immédiatement les grandes lignes de ce document, préférant attendre d’autres résultats d’expertise.

Rappelons qu’au total, six membres de la famille de la petite fille ont été interrogés par les enquêteurs au cours des derniers jours. Pour le moment, aucune autre arrestation n’est toutefois survenue dans cette affaire, a confirmé l’agente Beshara. Les policiers avaient également fait la tournée du voisinage, au matin du 4 janvier dernier, pour récolter des témoignages.

Brûlée au deuxième degré

C’est le 3 janvier dernier que la fillette avait été retrouvée gravement blessée en après-midi, puis transportée à l’hôpital. Selon des sources en position d’autorité qui ne sont pas autorisées à s’exprimer publiquement, la mort de l’enfant remonterait à plusieurs heures avant la découverte du corps et les blessures retrouvées sur son corps dataient de quelques jours avant son décès. Lorsque les ambulanciers sont arrivés sur les lieux, la fillette ne respirait plus et le corps était déjà d’une certaine rigidité.

D’ailleurs, ce jour-là, l’appel initial au 911 a été fait de l’intérieur du domicile par des membres de la famille proche, vers 14 h 30. Sur place, la police a trouvé six adultes, tous des résidants de la demeure lavalloise en question. Selon nos sources, plusieurs adultes de la même famille demeuraient à cet endroit.

Le décès a été constaté à l’hôpital. Nos sources indiquent que la fillette était brûlée au deuxième degré sur environ 80 % de son corps. Elle aurait été arrosée par de l’eau bouillante ou mise dans un bain bouillant. D’après nos informations, son corps affichait également plusieurs contusions et elle avait un bras dans le plâtre. Elle serait allée à l’hôpital pour recevoir ce plâtre, quelques jours avant sa mort.

Depuis quelques mois, la fillette de 7 ans était absente de l’école primaire qu’elle fréquentait, ont confirmé des sources proches du dossier. La petite vivait avec un trouble du comportement qui provoquait d’importantes crises. Un signalement a été fait à la DPJ, mais pas pour de la maltraitance. Il concernait le trouble comportemental de l’enfant.

De sa propre initiative, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a déclenché une enquête pour déterminer si les droits de l’enfant ont été respectés. Dans un communiqué, l’organisation s’est par ailleurs dite « choquée d’apprendre la mort d’une autre enfant au Québec, alors qu’elle a dû mener plusieurs enquêtes pour des drames de ce type dans les dernières années » et veut éviter que la situation se reproduise.

L’enquête de la CDPDJ n’est pas publique. La Commission rappelle que « la protection des enfants est l’affaire de tous et toutes au Québec et que toute personne qui a des inquiétudes concernant un enfant doit faire un signalement ».

– Avec Daniel Renaud et Mayssa Ferah