Une fraudeuse accusée d’avoir travaillé au siège social de Desjardins sous une fausse identité échappe depuis un an à sa peine de prison pour avoir fraudé VIA Rail en invoquant un nébuleux problème de santé. Exaspérée, la juge a sommé jeudi Solange Crevier de produire un véritable bilan médical à la cour.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« La situation ne fait pas en sorte que tout est permis. C’est très, très, très long. Avoir su, je n’aurais jamais donné la marge de manœuvre que j’ai donnée au début », s’est impatientée la juge Julie Riendeau jeudi matin au palais de justice de Montréal.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Le palais de justice de Montréal

Solange Crevier a plaidé coupable en octobre 2019 à deux chefs d’accusation de fraude et d’emploi d’un document contrefait. En janvier 2020, la femme de 57 ans était arrivée dans la salle d’audience avec un sac imposant, prête à purger sa peine de six mois de prison négociée par les parties.

Or, son avocat, MPierre Poupart, a réussi à obtenir un report de la peine en annonçant à la juge que sa cliente souffrait d’une rare maladie génétique pouvant provoquer l’« aveuglement ».

Un an plus tard, l’état de santé de Solange Crevier demeure toujours mystérieux. La juge s’est contentée de dire que l’accusée était notamment « immunosupprimée », sans plus de détails. D’ailleurs, les avocats parlent « beaucoup à mots couverts » en salle d’audience, a souligné la juge, en rappelant que la justice était « publique ».

Jeudi, comme lors des dernières audiences, MPoupart a déposé à la cour un bref papier médical produit la veille. « Un gribouillis d’un médecin est fort insuffisant », a fait valoir, exaspéré, le procureur de la Couronne fédérale MMartin Sauvageau. La juge s’inquiète par ailleurs des antécédents de l’accusée dans cette affaire.

En effet, c’est grâce à un faux acte de naissance que la femme de 57 ans a décroché un poste de directrice en architecture et technologies de l’information chez VIA en novembre 2012. La fraudeuse a ainsi réussi à cacher à son employeur qu’elle avait été condamnée à 12 mois de prison avec sursis en 2007.

Responsable des embauches de consultants à la société d’État fédérale, Solange Crevier a réussi à frauder son employeur et un consultant pour quelques dizaines de milliers de dollars en utilisant des poupées russes de sous-traitants pour surfacturer VIA Rail.

Solange Crevier est toujours en attente de procès à Québec. Elle est accusée d’avoir travaillé pendant deux ans comme consultante en informatique sous une fausse identité au siège social de Desjardins à Lévis. Selon Le Soleil, elle aurait utilisé un faux permis de conduire et une fausse carte d’assurance maladie pour se faire embaucher sous le nom de Johanne Richer. Au plumitif informatisé, elle est aussi connue sous l’alias « Solane Greuier ».

Devant la juge Riendeau jeudi, Solange Crevier a confié, la voix nouée, subir des conséquences « très importantes » des nombreux reports de sa cause. « Je n’ai pas choisi d’être malade. Ça me frappe. Je ne peux pas provoquer ce qui arrive. Le stress, je le vis tous les jours », a-t-elle déclaré à la cour, par visioconférence. Selon elle, sa maladie est « cyclique » et empire « chaque 5 à 6 ans » depuis les années 2000.

La juge lui a toutefois rappelé que le fait de souffrir d’une maladie n’allait pas l’empêcher de purger sa peine de prison.

La cause sera de retour le 16 février prochain au palais de justice de Montréal.