L’homme qui a sauvagement attaqué trois femmes à coups de bâton l’hiver dernier à Montréal était alors en pleine psychose. C’est pourquoi Simon Coupal Gagnon a été déclaré non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux plus tôt ce printemps. Mais toujours traumatisée, une des victimes craint que son bourreau ne recouvre rapidement la liberté.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« J’ai l’impression que les risques de récidive sont assez grands. Je suis un peu craintive à l’idée qu’il ne reste pas en dedans assez longtemps pour avoir un suivi assez proche », confie Julie* en entrevue.

L’affaire avait fait grand bruit en février dernier. La femme de 34 ans avait été battue à coups de bâton un soir en sortant du métro Beaubien dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie. Une agression apparemment gratuite, puisque l’homme ne lui avait rien volé.

« Je me suis dit qu’il fallait que je reste éveillée, parce que s’il me donnait un autre coup, je sentais que j’allais m’évanouir et qu’il allait m’achever », avait-elle raconté à La Presse. Malgré ses supplications, l’homme avait continué de la frapper sans dire un mot. Il a été arrêté quelques jours plus tard.

Trois mois plus tard, Julie s’est rétablie physiquement, même si elle a toujours une sensibilité à la tête. Elle peine toutefois à dormir et demeure très anxieuse, surtout la nuit. Une situation difficile avec un nouveau-né à la maison. La Montréalaise espère que son agresseur va passer plusieurs années dans un établissement psychiatrique. « Je lui souhaite de se soigner », assure-t-elle.

Une autre victime, Geneviève*, n’en veut pas à son agresseur. « Je ressens de la tristesse pour cet homme », confie-t-elle. La jeune femme marchait sur l’avenue Laurier Est un soir de décembre, lorsqu’elle a reçu un violent coup de bâton de hockey de gardien de but sur la tête.

En apprenant le sort de son agresseur, Geneviève s’est dite « rassurée » de savoir que ce dernier n’avait pas commis un « acte gratuit et prémédité ». Mais près de six mois après avoir cru mourir, la jeune femme peine toujours à obtenir de l’aide en vertu du programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). « C’est vraiment un cauchemar. Ils m’ont demandé ce que je portais. J’ai pleuré tellement de fois », déplore-t-elle.

Diagnostic de schizophrénie

Accusé de voies de fait graves et d’agression armée, Simon Coupal Gagnon a admis ses crimes lors d’une audience passée sous le radar le 31 mars dernier. Le juge Savaltore Mascia l’a alors déclaré non criminellement responsable en raison de ses troubles mentaux, à la suite d’une suggestion de la Couronne et de la défense.

Selon un rapport psychiatrique, l’homme de 31 ans était aux prises avec « un trouble psychiatrique d’un registre psychotique » au moment de commettre ses crimes. Cette maladie faussait alors « grandement la prise qu’il avait sur le réel et l’empêchait de distinguer le bien du mal », selon le rapport.

« Le diagnostic de schizophrénie nous apparaît le plus probable actuellement face à l’importance des symptômes observés. Nous ne pouvons éliminer la présence d’un trouble schizoaffectif dans le symptôme présent », conclut le rapport, selon un extrait lu par le juge.

Simon Coupal Gagnon a toutefois admis pendant l’audience avoir consommé de la drogue dure avant d’attaquer une victime. Bien qu’il ne soit pas tout à fait clair de quelle agression il est question, ce dernier évoquait quelques secondes plus tôt l’attaque de Julie.

« Je m’étais fait voler mon skate. J’ai cru voir que c’était cette personne qui l’avait volé, faque je lui avais sauté dessus et je l’ai tapée sur la tête. Juste avant, j’avais fumé du sel et j’étais pété. Ça a fait le même effet que si j’avais pris du crack », a lâché d’un trait l’accusé, avant d’être interrompu.

Hormis ce monologue, Simon Coupal Gagnon a répondu avec calme aux questions du juge au cours de la brève audience. « Vous savez de quoi vous êtes accusé, monsieur ? Il y a une série d’accusations assez graves », lui a demandé le juge. « C’est une série de trois crimes », a rétorqué l’accusé, qui était en situation d’itinérance depuis plusieurs années.

Un peu plus tôt, il affirmait « être coupable finalement ». Son avocat lui a alors rappelé qu’il était plutôt non criminellement responsable. « On ne nie pas les faits », lui a expliqué Me Guillaume Langlois.

Pour recouvrer sa liberté, Simon Coupal Gagnon devra démontrer devant la Commission d’examen des troubles mentaux qu’il ne représente plus un risque pour la sécurité du public ou que ce risque ne peut être atténué même en respectant certaines conditions.

* Nom fictif

— Avec la collaboration de Janie Gosselin, La Presse