Et de quatre… la Sûreté du Québec a pris en charge mardi une nouvelle enquête au sujet d’une tour de téléphonie cellulaire incendiée au petit matin, cette fois-ci dans un secteur industriel du secteur Fabreville, à Laval. Des caméras de sécurité ont permis d’apercevoir un véhicule suspect près de l’antenne, selon l’entrepreneur qui loue l’espace à Rogers depuis plusieurs années.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Il s’agit du quatrième incendie visant de telles installations sur la couronne nord de Montréal depuis vendredi dernier. La police de Laval a transféré deux enquêtes au corps de police provincial.

Alors que plusieurs théories du complot faisant un lien entre la pandémie de COVID-19 et la téléphonie 5G circulent sur la Toile, des vagues de vandalisme semblables se produisent aussi en Grande-Bretagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Irlande, et dans de nombreux autres pays européens.

Signalé entre 3 h 30 et 4 h du matin, le nouvel incendie a endommagé les installations techniques à la base de la tour. Celle-ci a été érigée en avril 2003, selon le registre foncier, et n’est pas équipée pour fournir la technologie 5G.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

L'incendie a endommagé les installations techniques à la base de la tour.

Caméras de surveillance

Patrick Veilleux, l’entrepreneur qui loue l’espace à Rogers depuis 2003 pour qu’elle y exploite la tour, dit avoir collaboré avec les policiers. « On a regardé les images des caméras de surveillance. On ne voit pas grand-chose, mais on voit un véhicule au loin, dit-il. Est-ce qu’ils étaient un, deux ou plusieurs personnes dans le véhicule ? Impossible à dire, il faisait trop noir. »

Vendredi dernier, une autre tour cellulaire de Laval a été incendiée, dans le terrain d’un centre commercial du boulevard Samson, où se trouve une garderie. Des photos de cette tour, installée en 1999 selon le registre foncier, ont abondamment circulé quelques jours auparavant sur Facebook et Reddit, notamment sur des groupes opposés au déploiement de la technologie 5G. Les administrateurs des groupes anti-5G ont vivement condamné les incendies lundi. Des internautes ont néanmoins célébré sur ces forums l’incendie lorsqu’il est survenu.

Deux autres tours ont été incendiées à Piedmont et à Prévost, dans les Laurentides. La Sûreté du Québec confirme qu’elle enquête au sujet de liens possibles avec le mouvement anti-5G.

Aucun fondement scientifique

Les théories voulant que le spectre de radiofréquence utilisé pour la 5G soit lié de quelque façon que ce soit à la pandémie de COVID-19 n’ont aucun fondement scientifique, affirme la Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants, un groupe scientifique indépendant, dans un communiqué publié en avril. « Ces prétentions ne sont supportées par aucune preuve (pas même par des preuves extrêmement faibles), et un large corpus de connaissances scientifiques relatif aux champs électromagnétiques associés à la 5G démontre que ces prétentions sont impossibles. L’exposition aux appareils 5G ne cause par la COVID-19, pas plus qu’elle n’a d’effet sur le processus menant au décès ou aux problèmes de santé rapportés chez les personnes infectées par le coronavirus (SARS-CoC-2) qui provoque la COVID-19. »

Emmanuel Lavigne, l’administrateur du groupe Facebook « STOP 5G Val-David », soutient néanmoins que les ondes 5G peuvent provoquer de l’hypoxie, un manque d’oxygène caractéristique des personnes souffrant de la COVID-19. Il est donc possible, selon lui, que des personnes vulnérables affectées par la technologie 5G « se retrouveraient à l’hôpital et se plaindraient exactement des mêmes symptômes que la COVID-19 et seraient considérées comme des victimes de la COVID-19 pour des fins de statistique. »

Cette thèse est qualifiée de loufoque par plusieurs scientifiques. « Il n’y a aucun lien scientifique entre les ondes du 5G et l’hypoxie » affirme le professeur Ke Wu, professeur de génie électrique et spécialiste des ondes millimétriques à l’école Polytechnique de Montréal. « Je ne sais pas d’où viennent ces théories, mais ça prend une imagination extraordinaire pour affirmer de telles choses », dit-il.

Le Dr Paul Héroux, directeur du programme de santé au travail de McGill, un chercheur très critique quant à l’innocuité de la 5G, cité par plusieurs forums anti-5G québécois, reconnaît qu’il y a une « assez grande distance » entre la thèse voulant que la 5G provoque de l’hypoxie et la littérature scientifique. Il affirme cependant que l’exposition aux ondes « inhibe la consommation d’oxygène des cellules » et « affecte l’immunité humaine », ce qui pourrait, selon lui, avoir un impact sur la perte d'oxygénation des poumons provoquée par l'attaque virale responsable de la COVID-19. « Ce n’est pas impossible, mais la littérature est mince », précise-t-il.

Demandes de moratoires

Le Dr Héroux fait partie d’un groupe de 250 scientifiques de 44 pays qui demandent au Programme des Nations Unies pour l’environnement de réévaluer l’utilisation de la technologie 5G « car les nouvelles antennes seront densément concentrées dans des quartiers résidentiels et utiliseront des fréquences nettement supérieures, avec des pulsations biologiquement perturbatrices bien plus fortes ».

Le Centre international de Recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS a classé en 2011 les champs électromagnétiques de radiofréquences utilisés pour la téléphonie cellulaire comme « peut-être cancérogènes pour l’homme (Groupe 2B) », une catégorie pour laquelle les circonstances d’exposition jouent un rôle important. On trouve aussi dans cette catégorie le café, les légumes marinés et les contraceptifs, qui figurent aux côtés de l’essence diésel, du nickel et du plomb.

Un groupe de 29 scientifiques de 18 pays a recommandé au CIRC, en 2019, d’inclure les champs électromagnétiques dans sa révision de l’état des connaissances sur les produits cancérigènes, afin de tenir compte de l’évolution des technologies utilisées.