Après avoir purgé quatre ans de prison pour avoir agressé sexuellement de jeunes athlètes dans les années 90, l’ancien entraîneur de ski Bertrand Charest a obtenu mardi sa libération conditionnelle totale en raison de son « très faible » risque de récidive et des changements significatifs dans sa vie.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le prédateur sexuel de 54 ans a réussi à convaincre les commissaires au cours d’une audience tenue à huis clos en raison de la COVID-19. Les journalistes n’ont donc pas pu assister à l’audience qui s’est déroulée mardi par vidéoconférence au pénitencier La Macaza, près de Mont-Tremblant.

Bertrand Charest était admissible à sa libération conditionnelle totale depuis décembre dernier, puisqu’il avait purgé le tiers de sa peine fédérale. Son équipe de gestion de cas recommandait toutefois de lui accorder d’abord une semi-liberté de trois mois en maison de transition avant d’autoriser sa libération conditionnelle totale.

Une suggestion rejetée par la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) qui a été convaincue de son absence de risque pour la communauté compte tenu de ses progrès « significatifs » pendant sa détention. Les commissaires relèvent dans leur décision rendue publique mercredi que Bertrand Charest reconnaît ses crimes et l’impact négatif de ceux-ci sur ses victimes, alors qu’il se déresponsabilisait au début de sa sentence.

Bertrand Charest pourra ainsi demeurer chez lui pendant le reste de sa peine, laquelle se termine en 2023, selon son avocat Me Pierre Tabah. L’entraîneur de ski déchu sera toutefois soumis à de sévères conditions de libération, similaires à celles qu’il a respectées pendant les cinq mois de sa remise en liberté pendant son appel l’an dernier.

Les commissaires soulignent dans leur décision son potentiel élevé de réinsertion sociale, sa motivation modérée, ses remords, son absence de récidive depuis 1998 et le respect de ses conditions pendant son appel. La CLCC ajoute que la criminalité de M. Charest remonte à deux décennies et demeure de nature contextuelle. Il était alors guidé par son « immaturité affective » et des « distorsions cognitives importantes ».

Un « prédateur sexuel »

Décrit comme un « prédateur sexuel » par le juge du procès, Bertrand Charest a fait neuf victimes âgées de 12 à 18 ans entre 1992 et 1998. Il avait alors entre 26 et 32 ans. L’entraîneur de ski d’élite a eu des relations sexuelles avec certaines de ses protégées, alors qu’il se trouvait en position d’autorité. Celles-ci étaient sous son « emprise ». Il a même amené une victime mineure à se faire avorter.

« L’accusé a agi comme un véritable prédateur tissant sa toile soigneusement pour y attirer des jeunes femmes, des adolescentes, et exercer sur elles un ascendant total. Sa recherche du plaisir sexuel n’avait aucune limite, alors qu’il était en position d’autorité sur ces jeunes espoirs canadiens du ski de compétition », affirmait le juge Sylvain Lépine en 2017.

Bertrand Charest avait été condamné à 12 ans de prison, mais la Cour d’appel a diminué sa peine à 10 ans et trois mois en août dernier. Le plus haut tribunal de la province l’a acquitté de nombreux chefs d’accusation, mais a toutefois confirmé les chefs les plus graves. La CLCC calcule cependant que sa peine actuelle est de 57 mois.

Pendant le reste de sa peine, il lui sera notamment interdit de se trouver en présence de filles de moins de 18 ans, d’accepter un emploi ou un travail bénévole qui le placerait en relation de confiance ou d’autorité vis-à-vis des personnes de moins de 18 ans et de fréquenter un lieu où des enfants de moins de 18 ans sont susceptibles de se rassembler. Il lui est également interdit de communiquer avec ses victimes et les témoins du procès.