Le Montréalais Sofiane Ghazi a échoué dans sa tentative de retirer son plaidoyer de culpabilité pour le meurtre de son bébé, poignardé dans le ventre de sa mère il y a trois ans. La Cour a rejeté sur toute la ligne la version peu crédible du meurtrier qui disait avoir subi de « fortes pressions » de son avocat pour plaider coupable.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Dans un coup de théâtre au second jour de son procès devant jury en septembre dernier, Sofiane Ghazi avait reconnu sa culpabilité pour le meurtre non prémédité de « Bébé Ghazi », écopant alors automatiquement de la prison à vie. Il faisait alors face à un chef plus grave de meurtre au premier degré.

Le Montréalais de 40 ans a poignardé à 19 reprises sa femme enceinte de 36 semaines avec une fourchette à viande en juillet 2017. Blessé dans le ventre de sa mère, l’enfant a vécu quelques minutes de façon autonome à la suite d’un accouchement par césarienne, avant de mourir de ses blessures. La mère a heureusement survécu à l’agression.

Dans un second revirement de situation, Sofiane Ghazi a ensuite demandé de retirer son plaidoyer de culpabilité, puisqu’il n’avait pas été fait de façon « volontaire » et « éclairée ». Le Montréalais soutenait que ses deux avocats, MFrançois Taddeo et MMoulay-Badre Aber, l’avaient « incité indirectement » à plaider coupable, alors qu’il vivait un véritable « effondrement émotionnel ».

Les deux criminalistes d’expérience assurent lui avoir bien expliqué que l’entente avec la Couronne signifiait une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans. Or, Sofiane Ghazi croyait avoir plaidé coupable à une accusation moindre d’homicide involontaire plutôt qu’à un meurtre au second degré. Il croyait ainsi s’en tirer avec 15 ans de prison, dont le tiers pourrait être retranché.

Une version complètement rejetée par le juge Jean-François Buffoni qui estime que Sofiane Ghazi était bien au courant de la nature des accusations auxquelles il plaidait coupable. « La théorie de la supposée croyance de M. Ghazi, qui n’est ni crédible ni appuyée par des indices ou éléments de preuve objectifs, relève de la pure fantaisie, d’où son rejet », soutient le juge dans sa décision rendue vendredi dernier.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Me François Taddeo

La version de l’accusé selon laquelle MAber l’aurait incité à plaider coupable n’est « tout simplement pas crédible », tranche le juge. Il est clair selon le magistrat que Sofiane Ghazi avait décidé de plaider coupable pour ne pas courir le risque d’être déclaré coupable d’un meurtre au premier degré et parce qu’il ne voulait pas que son fils entende de mauvaises choses à son sujet ou soit victime d’intimidation à l’école.

Le juge n’a pas cru davantage que Sofiane Ghazi avait été « privé de ses capacités cognitives minimales », lorsqu’il a reconnu sa culpabilité en salle de cour. Oui, il était certes émotif ce jour-là, mais il n’était pas dans un état « anormal », selon le juge.

Pendant son témoignage dans le cadre de cette requête il y a un mois, Sofiane Ghazi a révélé qu’il avait la « conviction » que le fœtus était un être humain. Il avait ainsi un « malaise » par rapport à la volonté de son avocat, MTaddeo, de contester la preuve médicale pour établir que le fœtus n’était pas un être humain.

« Dans ma conviction, c’est un être humain, même si c’est un fœtus dans le ventre de sa mère. Selon ma conviction d’origine arabe et de musulman, je n’étais pas à l’aise d’aller en procès avec ça », a témoigné Sofiane Ghazi. Le Montréalais a également soutenu avoir été « provoqué » par sa femme enceinte de 36 semaines le jour fatidique.

Sofiane Ghazi est défendu par MSteve Hanafi alors que MChantal Michaud et MLouis Bouthillier représentent le ministère public.