Les automobilistes sont nombreux à redouter le tronçon d’autoroute où a eu lieu l’accident, connu pour ses bourrasques et sa glace noire. Une citoyenne a même fait part de ses inquiétudes par écrit l’an dernier au ministère des Transports. Mais bien que Québec ait recensé 54 accidents en cinq ans, il ne considère pas l’endroit comme particulièrement dangereux.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

L’an dernier, une citoyenne de Candiac a envoyé un signalement officiel à Transports Québec pour faire part de ses inquiétudes. La femme a transmis à La Presse l’échange qu’elle a eu avec le Ministère. Elle n’a pas souhaité que nous dévoilions son nom à cause de la nature particulière de son travail.

Le 30 janvier 2019, elle a écrit : « Je désire porter, avec insistance, à votre attention les risques encourus par les automobilistes qui utilisent la route sur la Rive-Sud de Montréal, à la hauteur du bassin de La Prairie, entre les sorties Salaberry et boulevard Matte. En effet cette section de la route, de par sa proximité avec le fleuve et le couloir de vent qui s’y trouve, est vraiment dangereuse.

« Je ne compte plus les accidents dont j’ai été témoin (matin ET soir) depuis les 7 dernières années. Je ne compte plus le nombre de victimes que j’ai vu être embarquées sur des civières et le nombre de véhicules gravement endommagés et laissant présager le pire […]. Chaque fois je me dis que je suis chanceuse de ne pas être impliquée. Mais ce matin, je me suis dit que ce n’était peut-être qu’une question de temps étant donné la fréquence élevée d’accidents, carambolages et sorties de route. »

La réponse de Transports Québec l’a « beaucoup fâchée ». Oui, l’endroit est balayé par le vent, mais le Ministère ne peut rien faire, lui a-t-on dit. On lui a plutôt conseillé… de prendre une autre route. « En effet, comme vous mentionnez dans votre demande, à La Prairie une portion de 2,5 km de l’autoroute 15 (route 132) est particulièrement exposée au vent. Un aménagement de buttes surmontées de végétaux est présent sur environ 700 mètres.

« Pour le reste du segment il n’y a pas vraiment de possibilité d’intervention. L’espace entre le fleuve et l’autoroute est inférieur à 20 mètres et il est occupé par une piste cyclable. La plantation d’arbres exigerait le retrait de cette voie cyclable. Dans ce secteur, la route 134 est une alternative à l’autoroute. La route 134 étant située plus loin du fleuve elle est moins exposée au vent », a dit le Ministère.

Secteur connu

Dans le secteur, le tronçon est connu, autant des citoyens que des intervenants d’urgence.

La Coopérative des techniciens ambulanciers de la Montérégie, responsable des transports d’urgence dans ce secteur, confirme que ses équipes y sont souvent appelées. « C’est un endroit qui est connu de nos équipes, où il y a des interventions », indique la porte-parole Janie Gagnon.

Pourtant, mercredi, le ministre des Transports du Québec François Bonnardel a expliqué que l’endroit n’est « pas considéré comme accidentogène ».

« On compte 54 accidents en cinq ans. Il y a un débit journalier de 64 000 véhicules », a fait savoir un porte-parole.

Pour Annie Bonenfant, citoyenne de La Prairie, cette position n’a aucun sens. Elle le dit d’emblée, l’endroit est dangereux. Des sorties de route, elle en a vu. 

Dès qu’il vente un peu, ça devient glacé. Ils vont devoir faire quelque chose.

Annie Bonenfant

Même son de cloche de la part de son concitoyen Philippe Chayer, venu constater l’ampleur du carambolage après sa journée de boulot.

Lui aussi redoute cette portion de route. Lui aussi parle de glace, de vents et d’incidents fréquents. « Je suis passé ce matin et à un moment, mes roues ont patiné », a-t-il dit.

Une clôture en cause ?

Donat Serres, maire de La Prairie, qualifie lui aussi l’endroit de « secteur très dangereux ».

« On est dans une baie. Il y a beaucoup de vent. Je suis un natif d’ici et quand il y a de la poudrerie, j’essaie de ne pas passer par là parce que je le sais que c’est dangereux. »

M. Serres se questionne sur le rôle qu’a pu jouer dans l’accident une clôture anti-débris qui protège la piste cyclable le long de l’autoroute.

Cette clôture a été installée au début des années 2000 en même temps que des travaux majeurs étaient effectués sur l’autoroute 15.

Les deux premières années, ils ont laissé la clôture toute l’année et un hiver, on a été obligé de fermer l’autoroute quatre fois. La neige s’accumulait dessus et quand il ventait, ça arrivait à la hauteur des pare-brise.

Donat Serres, maire de La Prairie

La Ville de La Prairie avait alors demandé au MTQ de retirer la clôture durant la saison froide parce qu’elle nuisait à la visibilité des automobilistes. Cela a été fait jusqu’à cet hiver.

« Cette année, j’ai remarqué qu’elle était encore là. J’ai posé la question à savoir pourquoi elle n’avait pas été enlevée », dit le maire.

On lui a dit que les clôtures ne seraient pas retirées cette année.

Un mur blanc

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Les personnes coincées dans le carambolage ont évoqué les conditions météorologiques difficiles pour expliquer la série de collisions de mercredi.

Un mur de neige, un blizzard, une visibilité nulle : les personnes coincées dans le carambolage ont évoqué les conditions météorologiques difficiles pour expliquer la série de collisions survenue mercredi.

« On parle d’une forte poudrerie en provenance du fleuve, a expliqué le ministre des Transports, François Bonnardel, en point de presse. En anglais, on appelle ceci un white out. »

Selon Environnement Canada, « c’était assez dégagé » aux alentours de 12 h 30 à l’endroit où s’est produit le carambolage, avec des rafales à presque 60 km/h. Un peu plus tôt le matin, la visibilité avait été réduite par la chute d’une petite quantité de neige.

Les données enregistrées à l’aéroport de Saint-Hubert, dans ce secteur, ne correspondaient pas aux critères de poudrerie d’Environnement Canada. « Ça montrait une visibilité réduite, mais rien de dramatique », a noté Alain Roberge, météorologue à Environnement Canada.

Bancs de neige

Par contre, en regardant les images télévisées de la série d’accidents, il a constaté des bancs de neige du côté ouest de la route. « On voyait la neige qui était soufflée par-dessus les bancs de neige et qui tombait directement à la hauteur des voitures », a avancé M. Roberge, soulignant que ça avait « possiblement » contribué à réduire la visibilité dans le secteur.

Le ministre Bonnardel a confirmé que des opérations de déneigement avaient été réalisées à 11 h 26, puis à 11 h 56.

Le secteur de l’autoroute 15 à la hauteur de La Prairie, sur le bord du fleuve Saint-Laurent, est à découvert pour les vents de l’ouest : ni arbres ni bâtiments, par exemple, ne viennent ralentir leur vitesse. « Les vents peuvent être légèrement plus forts à cet endroit-là », a souligné M. Roberge.

Une bourrasque peut entraîner une perte de visibilité momentanée.

« Il suffit qu’il y ait des rafales assez fortes pour déplacer une quantité significative de neige à un moment précis pour réduire très fortement la visibilité, localement, de courte durée », a rappelé M. Roberge.

— Avec Fanny Lévesque, La Presse

Des carambolages marquants

5 août 2019


Vers 15 h 30, un dimanche après-midi, 4 personnes ont perdu la vie et 11 autres ont été blessées dans un carambolage survenu sur l’autoroute 440 Ouest, près de la jonction avec l’autoroute 15, à Laval. Les témoins ont raconté avoir entendu des bruits d’explosion après la série de collisions entre neuf véhicules. Des habitués de l’endroit ont montré du doigt la configuration des lieux pour expliquer l’accident.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Vers 15 h 30, un dimanche après-midi, 4 personnes ont perdu la vie et 11 autres ont été blessées dans un carambolage survenu sur l’autoroute 440 Ouest, près de la jonction avec l’autoroute 15, à Laval.

9 août 2016

Le carambolage survenu à l’heure de pointe sur l’autoroute Métropolitaine, suivi d’un incendie, a marqué les esprits. Un camionneur est mort dans son véhicule qui avait pris feu. C’est le freinage soudain d’un camion-citerne qui a provoqué l’accident spectaculaire, au cours duquel six autres personnes ont été blessées.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Carambolage survenu à l’heure de pointe sur l’autoroute Métropolitaine, le 9 août 2016.

23 août 2014

Sur l’autoroute 10, à la hauteur de Saint-Alphonse-de-Granby, en Montérégie, un carambolage impliquant un camion semi-remorque et six autres véhicules a fait deux morts et trois blessés graves. La collision s’est produite en soirée, au bas d’une pente, à l’approche d’une zone de travaux routiers. Les deux femmes qui ont péri se trouvaient dans la même voiture.

PHOTO ROXANNE BÉLISLE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE

Le 23 août 2014, sur l’autoroute 10, à la hauteur de Saint-Alphonse-de-Granby, en Montérégie, un carambolage impliquant un camion semi-remorque et six autres véhicules a fait deux morts et trois blessés graves.

17 février 2006

Un homme et sa fille de 11 ans ont été tués dans un carambolage sur l’autoroute 40, entre L’Assomption et Lavaltrie. Entre 60 et 70 véhicules ont été impliqués dans la collision, qui avait fait plus de 30 blessés. Les automobilistes interviewés avaient évoqué un « mur blanc » pour expliquer les causes de l’accident.

PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Un homme et sa fille de 11 ans ont été tués dans un carambolage sur l’autoroute 40, entre L’Assomption et Lavaltrie, le 17 février 2006. 

11 juin 1998

Cinq personnes sont mortes dans un carambolage impliquant dix véhicules, dont quatre camions-remorques, sur l’autoroute 40, à Lavaltrie. Un camion-citerne d’Agropur a fait irruption dans un bouchon de circulation, avant de heurter d’autres véhicules. Il a fini sa trajectoire dans un fossé, où il s’est enflammé. Des voitures sont restées coincées sous son poids. Quatre autres personnes ont aussi été blessées.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Cinq personnes sont mortes dans un carambolage impliquant dix véhicules, dont quatre camions-remorques, sur l’autoroute 40, à Lavaltrie, le 11 juin 1998.