Éric Salvail n’était plus à l’emploi de Radio-Canada lorsque seraient survenues la séquestration et l’agression sexuelle dont il est accusé et qui se serait produite dans une toilette du diffuseur public.

Pierre Saint-Arnaud
La Presse canadienne

Éric Salvail a finalement été appelé à témoigner pour sa défense par son avocat, Me Michel Massicotte, mercredi au palais du justice de Montréal.

Son témoignage a aussi mis en preuve que les épisodes de harcèlement sexuel rapportés par la victime alléguée seraient survenus à une période où l’accusé n’était pas affecté au service du courrier, où travaillait le plaignant, Donald Duguay.

Le producteur et animateur déchu est accusé d’agression sexuelle, séquestration et harcèlement sexuel à l’endroit de Donald Duguay, des événements qui se seraient produits entre les mois d’avril et octobre 1993.

Son témoignage s’est appuyé en grande partie sur les documents présentés par une employée des ressources humaines de la Société Radio-Canada faisant état de son historique d’emploi à la SRC. La dame, qui ne peut être identifiée en raison d’un ordre de la Cour, était venue témoigner pour la défense tout juste avant Éric Salvail.

Ces documents démontrent que le lien d’emploi d’Éric Salvail avec Radio-Canada a pris fin le 13 août 1993, alors que l’agression sexuelle alléguée qui serait survenue dans une toilette du diffuseur public aurait eu lieu le 29 octobre suivant. La procureure de la Couronne, Me Amélie Rivard, a cependant pu établir qu’il n’était pas nécessaire d’être employé de Radio-Canada pour avoir accès à l’édifice.

Documents et témoignages contradictoires

Par ailleurs, les relevés d’emploi et affectations indiquent qu’il oeuvrait au service du courrier entre les mois d’août et octobre 1991 et du 5 janvier au 15 février 1993. Or, selon le témoignage de Donald Duguay, les incidents de harcèlement sexuel, dont un épisode d’exhibitionnisme, se seraient amorcés lorsqu’on lui avait demandé de former Éric Salvail au service du courrier en avril 1993 et auraient duré plusieurs semaines alors que les deux hommes étaient au service du courrier, ce que contredisent les relevés d’emploi de l’accusé. Durant cette période, Éric Salvail était plutôt affecté comme commis à d’autres départements de la SRC.

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Donald Duguay

Le juge Alexandre Dalmau devra toutefois composer également avec le témoignage d’une autre employée de Radio-Canada venue témoigner pour la poursuite plus tôt dans la journée de mercredi et qui a affirmé que les deux hommes travaillaient bel et bien au service du courrier en même temps.

Cette dame, dont l’identité est également protégée par le tribunal, avait raconté que Donald Duguay s’était précipité vers elle alors qu’il travaillait à la distribution du courrier pour lui dire qu’Éric Salvail venait d’exhiber ses organes génitaux.

« Il avait un trémolo » dans la voix, a raconté la dame qui a décrit Donald Duguay comme un homme émotif.

Tests de polygraphe

Avant que l’on commence à décortiquer les relevés d’emploi, Éric Salvail avait raconté avoir été mis au courant durant l’année 2018 du dépôt d’accusations à son endroit, accusations qui touchaient initialement trois victimes alléguées. Il a affirmé ne connaître qu’une seule des victimes alléguées, sans la nommer. Par contre, il a affirmé que le nom de Donald Duguay, la seule victime alléguée dont la plainte a été retenue, ne lui disait rien.

On a également pu apprendre qu’après avoir retenu les services de Me Massicotte, Éric Salvail a rencontré les policiers et s’est soumis à trois tests de polygraphe à l’automne 2018. Le juge Dalmau a cependant rappelé au juriste que ces tests ne sont pas admissibles en preuve. L’avocat a expliqué que ce n’était pas son intention et qu’il voulait simplement l’ajouter à la trame narrative.

Le témoignage d’Éric Salvail a par ailleurs dû être interrompu par le juge Dalmau lorsque Me Massicotte a tenté de déposer ses agendas en preuve. Le magistrat a expliqué que les agendas pouvaient être utilisés pour rafraîchir la mémoire du témoin, mais pas comme preuve à moins de démontrer que ce dépôt respecterait les règles de preuve. Les parties ont remis la décision sur cette question à un moment ultérieur.

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L'avocat d'Éric Salvail, Me Michel Massicotte.

« Un regard qui était très dur »

La Couronne avait préalablement clos sa preuve en avant-midi avec une amie de la présumée victime venue raconter un incident survenu alors qu’elle et Donald Duguay étaient allés assister à un enregistrement de l’émission La Petite Vie, où Éric Salvail agissait comme animateur de foule. L’incident serait survenu après les événements qui lui sont reprochés.

La dame a raconté qu’à leur arrivée sur le plateau de tournage, Éric Salvail s’était avancé vers eux en lançant « un regard très étrange » à son ami Donald, qui s’était alors accroché à elle comme il ne l’avait jamais fait auparavant.

« C’est un regard qui était dur, qui était dérangeant. Ce n’était pas amical », a dit la dame. « C’était vraiment les yeux qui dégageaient de l’agressivité. Ce n’était vraiment pas agréable. J’ai rarement vu un regard comme ça dans ma vie », a-t-elle affirmé.

Avant elle, une employée de Radio-Canada était venue raconter que Donald Duguay s’était précipité vers elle alors qu’il travaillait à la distribution du courrier pour lui dire qu’Éric Salvail venait d’exhiber ses organes génitaux.

« Il avait un trémolo » dans la voix, a raconté la dame qui a décrit Donald Duguay comme un homme émotif.

Le témoignage d’Éric Salvail se poursuivra jeudi.